Washington s’apprête à accueillir un face‑à‑face discret mais stratégique entre Kinshasa et les États‑Unis. Le 21 août prochain, diplomates, industriels et financiers se retrouveront au National Press Club pour parler cuivre, cobalt et coltan. Pourquoi ce rendez‑vous intéresse‑t‑il autant les capitales ? Parce que la République démocratique du Congo (RDC) est devenue incontournable : selon l’U.S. Geological Survey, elle a fourni en 2023 près des trois quarts du cobalt extrait dans le monde et détient environ 6 millions de tonnes de réserves sur un total mondial estimé à 11 millions. Autrement dit, plus de la moitié du cobalt encore dans le sol se trouve sous ses pieds. Ce métal, avec le cuivre et le coltan, est au cœur des batteries de véhicules électriques, des éoliennes et des smartphones.
Une rencontre préparée en coulisses
L’invitation émane d’un cabinet américain de lobbying, Von Batten‑Montague‑York, qui conseille depuis l’an dernier le ministère congolais des Mines. Sa note d’information, publiée mi‑juillet, annonce une « conférence d’information sur les ressources minérales US‑RDC » en présentiel le 21 août 2025 à Washington. L’événement se veut une « bourse aux partenariats » : les sociétés américaines intéressées par le cobalt et le coltan congolais sont invitées à nouer des alliances avec des entreprises et communautés locales. Dans son communiqué, le fondateur du cabinet, le Dr Karl‑Marx Ikemefuna Okeke‑Von Batten, ancien conseiller du Congrès américain en matière minière, se félicite d’ouvrir un dialogue direct avec Kinshasa et met en avant la nécessité d’une exploitation “responsable”. Le sommet est parrainé par Sokam Holding Sarl, une société congolaise active dans les mines.
Cette entrée en scène des États‑Unis n’est pas anodine. Jusqu’ici, la Chine contrôle l’essentiel de la chaîne de valeur du cobalt congolais – de l’extraction au raffinage. Or, face à l’essor des véhicules électriques, Washington multiplie les initiatives pour sécuriser ses approvisionnements. La loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) offre des subventions aux constructeurs automobiles qui s’approvisionnent auprès de pays “amis”. De son côté, Kinshasa cherche à diversifier ses partenaires et à se doter d’infrastructures d’exportation, comme en témoigne le projet de corridor ferroviaire de Lobito qui reliera bientôt ses mines au port angolais du même nom.
Entre promesses et réalités du terrain
La perspective d’une conférence dans la capitale américaine suscite autant d’espoirs que de prudence. Le ministre des Mines congolais affirme depuis des mois vouloir “nationaliser davantage” la valeur ajoutée du cobalt et du cuivre, tandis que la présidence plaide pour une transformation locale du minerai. Dans un pays où l’exploitation artisanale et le travail des enfants font régulièrement la une, de nombreuses ONG rappellent qu’aucun accord international ne sera durable sans contrôle effectif des chaînes d’approvisionnement et redistribution des recettes aux communautés minières.
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. En 2023, la RDC a extrait environ 170 000 tonnes de cobalt, contre 17 000 tonnes pour l’Indonésie, deuxième producteur. À l’échelle mondiale, la consommation de cobalt est portée par les superalliages pour turbines, les batteries et les applications chimiques. Si certains analystes prévoient un essor des substituts et du recyclage, la demande reste dynamique : la transition énergétique devrait accroître l’utilisation de cuivre de 50 % et multiplier par deux celle de nickel et de cobalt d’ici 2040 selon les scénarios bas carbone les plus ambitieux. Le Congo se trouve donc au cœur d’une équation stratégique : contribuer à la décarbonation de la planète tout en sortant sa population de la pauvreté.
À Washington, en août, il ne sera pas question de signer des contrats en grande pompe mais de jeter les bases de coopérations industrielles et financières. Les Américains voudront rassurer sur leur engagement long terme ; les Congolais tenteront de s’assurer que les mots “partenariat” et “responsabilité” ne resteront pas des slogans. Au fond, c’est peut‑être à Kinshasa que se jouera le véritable bras de fer, lorsque le gouvernement congolais devra traduire ces promesses en lois, en infrastructures et en emplois.
— Peter MOYI

