Taxis et taxis-bus plus chers à Kinshasa, tensions autour des contrôles annoncés par l’Hôtel de ville

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Lundi à Kinshasa, les prix des taxis et taxis-bus ont augmenté en quelques heures, sur fond de rumeur de grève liée au renforcement du contrôle des documents annoncé par l’Hôtel de ville. Sur certains trajets, le tarif a doublé, comme de l’avenue Kapela à Yolo-Nord jusqu’au rond-point Huilerie, passé de 2 000 à 4 000 CDF.

Le mécanisme est classique. Dans un marché où l’offre est très sensible aux annonces et aux tensions avec l’autorité, la seule perspective d’un ralentissement des véhicules suffit à créer une rareté. Et quand la rareté apparaît, le prix suit. À Kinshasa, où une partie des courses se négocie au carrefour, la rumeur devient un facteur économique à part entière.

D’après des constats réalisés sur le terrain, plusieurs axes ont été touchés : le trajet Kintambo magasin–boulevard du 30 Juin est passé de 2 000 à 3 000 CDF, tandis que Victoire–boulevard est monté de 2 000 à 2 500 CDF. Pour des ménages qui paient le transport chaque matin, cette hausse a l’effet d’un “micro-choc” sur le pouvoir d’achat. Même sans inflation officielle nouvelle, la dépense augmente tout de suite, et le budget quotidien se contracte.

Ce n’est pas un détail. Le transport est un poste incompressible dans une ville annoncée à plus de 17 millions d’habitants et où plus de 7 millions de déplacements se font chaque jour, surtout pour aller au travail et à l’école. Quand la mobilité devient plus chère, c’est l’économie urbaine qui perd en fluidité : retards, baisse de fréquentation de certaines zones, arbitrages sur les dépenses essentielles.

Au centre de la tension, il y a le contrôle des documents : permis de conduire, vignette, assurance, contrôle technique. Les autorités mettent en avant la nécessité de faire respecter les règles. Mais sur le terrain, les transporteurs dénoncent une décision préparée sans concertation. André Mbuyi, chauffeur de taxi-bus, parle d’un dialogue insuffisant entre l’Hôtel de ville et les organisations de transporteurs, et juge la mesure injuste au regard de l’état des routes, qui “détruit” les véhicules.

S’ajoute une question de gouvernance. Plusieurs conducteurs redoutent que le contrôle ne se transforme en terrain de “tracasseries”, avec des agents cherchant des motifs d’infraction même lorsque les documents sont présentés. Dans ce type de contexte, le risque de coûts informels augmente. Et, économiquement, ce coût finit souvent par être répercuté sur le prix payé par le passager.

L’annonce du gouverneur sur le déploiement de plus de 3 000 agents, répartis dans 60 carrefours, a renforcé la crispation. Là encore, l’enjeu ne se limite pas à la circulation : quand la régulation est perçue comme imprévisible ou punitive, les opérateurs réduisent l’offre, ajustent les tarifs, ou se replient. Résultat immédiat : la ville paye plus cher pour se déplacer, sans amélioration visible du service.

Dans une capitale où le transport collectif pèse sur la productivité et sur la vie sociale, la séquence rappelle un point simple : la politique de contrôle peut être légitime, mais sa mise en œuvre compte autant que son objectif. Sans concertation et sans garanties contre les abus, elle se traduit vite par une hausse des prix et par une pression supplémentaire sur les ménages.

— Peter MOYI

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