Au deuxième trimestre 2025, le marché congolais des télécommunications confirme une évolution à une grande vitesse de son modèle économique. Les revenus générés par l’Internet mobile dépassent désormais ceux de la téléphonie classique, signe que les usages numériques deviennent la principale source de croissance des opérateurs. Selon le rapport de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), les abonnements actifs sont passés de 63,66 millions au premier trimestre à 69,40 millions au deuxième trimestre 2025, soit une progression de 9,01 %. Le taux de pénétration atteint 61,84 %, contre 56,72 % trois mois plus tôt. Cette progression confirme que le téléphone mobile est devenu bien plus qu’un moyen de communication : il constitue aujourd’hui la principale porte d’entrée vers Internet, les paiements numériques, les réseaux sociaux, les plateformes de services et une part croissante de l’économie numérique congolaise.
Cette transformation apparaît surtout dans la structure des revenus du secteur. Le chiffre d’affaires global des opérateurs est passé de 551,90 millions USD à 574,71 millions USD entre le premier et le deuxième trimestre 2025, soit une hausse de 4,13 %. L’Internet mobile génère à lui seul 307,18 millions USD, en progression de 7,10 %, tandis que la voix ne représente plus que 232 millions USD, avec une croissance limitée à 0,60 %. Les SMS poursuivent leur recul relatif et ne pèsent plus que 4,58 % des recettes. Pour la première fois, la data représente 53,59 % du chiffre d’affaires du secteur, contre 40,48 % pour les appels téléphoniques. Les opérateurs ne vendent donc plus principalement des minutes de communication, mais des gigaoctets permettant d’accéder aux services numériques.
Cette nouvelle réalité modifie également les rapports de force entre opérateurs. Vodacom reste leader du marché avec 24,65 millions d’abonnés, soit 35,52 % des clients actifs, devant Orange (21,07 millions), Airtel (19,84 millions) et Africell (3,83 millions). En revanche, lorsque l’on observe uniquement les revenus issus de l’Internet mobile, Airtel prend la première place avec 127,41 millions USD, soit 41,48 % du marché de la data, devant Orange (89,83 millions USD), Vodacom (77,10 millions USD) et Africell (12,84 millions USD). La consommation suit la même logique : sur les 383,21 milliards de mégabytes consommés durant le trimestre, Airtel concentre près de 39 % du trafic national. Ces chiffres montrent que le leadership ne dépend plus seulement du nombre d’abonnés, mais de la capacité à convertir les usages numériques en revenus.
Cette dynamique masque toutefois plusieurs fragilités. Le revenu moyen par utilisateur reste pratiquement inchangé, passant de 2,895 USD à 2,893 USD en un trimestre. Les opérateurs gagnent donc davantage de clients sans accroître significativement la valeur générée par chacun d’eux. Cette situation s’explique notamment par une concurrence très forte sur les forfaits Internet, où les promotions, bonus et offres de fidélisation se multiplient. Cette stratégie stimule la consommation de données, mais réduit progressivement la rentabilité moyenne de chaque gigaoctet vendu, alors même que les investissements dans les réseaux mobiles continuent d’augmenter.
Le principal défi demeure néanmoins la qualité du service. Le rapport de l’ARPTC souligne une dégradation des performances des réseaux, alors que les besoins des utilisateurs deviennent plus exigeants. Ce constat est d’ailleurs confirmé par la progression simultanée du trafic voix (+9,25 %) et des SMS (+2,69 %). Dans un marché largement dominé par les applications de messagerie, cette évolution montre que les abonnés reviennent encore vers les moyens de communication traditionnels lorsque les connexions Internet deviennent instables ou insuffisantes. À cela s’ajoute la multiplication des terminaux non homologués ou contrefaits. Plus de 5,8 millions de nouveaux appareils ont été enregistrés au deuxième trimestre, mais l’ARPTC relève une hausse des téléphones « fake », susceptibles d’affecter la qualité des communications et l’expérience des utilisateurs.
Le marché congolais des télécommunications dispose désormais d’une base d’abonnés importante et d’une demande numérique en forte croissance. La prochaine étape sera moins d’attirer de nouveaux utilisateurs que d’améliorer la qualité des infrastructures, d’étendre la couverture dans les zones peu desservies et de renforcer les investissements dans les réseaux. C’est à cette condition que la progression de la data pourra réellement soutenir la transformation numérique et la productivité de l’économie congolaise.
— M. KOSI









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