Traçabilité des minerais en RDC : le ministre des mines alerte sur un risque d’embargo imminent

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Kizito Pakabomba Kapinga

Un échange intensif s’est tenu ce jeudi à Kinshasa, orchestré par le Cadastre minier (CAMI) en collaboration avec le ministère des Mines de la République Démocratique du Congo (RDC). Cet événement a rassemblé les parties prenantes du secteur minier pour aborder les enjeux de l’approvisionnement responsable des minerais issus de l’exploitation artisanale. À cette occasion, Kizito Pakabomba Kapinga, actuel ministre des Mines, a partagé sa vision sur les défis et perspectives de ce secteur stratégique pour l’économie congolaise.

Le sujet central de cette rencontre portait sur l’approvisionnement en coltan, or, cuivre et cobalt. Ces minerais, pilier de l’industrie minière nationale, représentent une part significative des exportations de la RDC. Le ministre a rappelé la nécessité de maintenir un cadre strict pour assurer la transparence et la traçabilité de ces ressources, particulièrement après les récents événements dans l’est du pays. L’instabilité observée dans certaines zones d’exploitation, notamment à Rubaya, a suscité des craintes quant au respect des normes internationales.

« Il est impératif d’intensifier nos efforts pour garantir une chaîne d’approvisionnement conforme aux standards internationaux, » a déclaré Kizito Pakabomba. « Cela implique une collaboration intersectorielle afin d’éviter tout embargo potentiel sur nos minerais marchands. »

Vers une collaboration interinstitutionnelle pour garantir la transparence

Le ministre des Mines a insisté sur le besoin d’une coordination accrue entre les différentes entités étatiques pour freiner l’exploitation illégale et améliorer la gestion des flux migratoires vers les sites miniers. Selon lui, cette approche permettra de renforcer le respect des dispositions légales, notamment l’interdiction aux agents publics d’intervenir directement dans le secteur minier. Par ailleurs, il a alerté sur les risques d’introduction non réglementée de machines industrielles sur les sites d’exploitation artisanale, un phénomène croissant qui compromet les efforts de régulation.

Le ministre a également souligné le rôle clé du CAMI dans cette dynamique. Depuis le début de l’année 2024, l’institution a intensifié ses activités de sensibilisation par le biais de rencontres trimestrielles. Ces réunions visent à promouvoir le Code minier et à communiquer les progrès réalisés en matière de gestion des ressources. Une attention particulière est portée sur la mise en œuvre des exigences en matière de traçabilité, qui reste un sujet sensible sur les marchés internationaux, particulièrement pour le coltan et l’or, souvent associés aux conflits.

« Les mesures adoptées doivent s’inscrire dans une logique d’harmonisation régionale et nationale. Nous devons assurer un suivi rigoureux et lutter contre les pratiques qui compromettent la réputation de notre secteur minier, » a-t-il ajouté.

Enjeux de l’approvisionnement responsable : une question de survie économique

L’importance de l’approvisionnement responsable en minerais va au-delà de la simple conformité aux règles internationales. Elle touche directement l’avenir économique de la RDC. Les minerais comme le cobalt, utilisé dans les batteries électriques, représentent un atout majeur pour le pays. Avec près de 70 % des réserves mondiales de cobalt, la RDC se positionne comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. Cependant, sans une gestion rigoureuse de ces ressources, les risques d’isolement du marché demeurent.

Kizito Pakabomba a donc lancé un appel aux acteurs de l’industrie, les invitant à se mobiliser autour de cette problématique. Il a également salué les initiatives du Président de la République ainsi que les efforts du Premier ministre Judith Suminwa pour promouvoir un cadre législatif adapté et bénéfique pour les populations locales. « Nous devons agir avec responsabilité pour garantir un développement inclusif, » a-t-il conclu.

L’organisation de ces cafés de presse trimestriels par le CAMI s’inscrit dans une démarche de transparence visant à renforcer la communication entre les autorités et les parties prenantes. Ces échanges sont essentiels pour harmoniser les politiques minières et répondre aux attentes du marché international.

Peter MOYI

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