Le gouvernement congolais vient d’inscrire 6 439 produits à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Une initiative concrète qui propulse la République démocratique du Congo (RDC) dans la compétition commerciale continentale. Sur l’ensemble des marchandises listées, seules 209 ont été exclues du démantèlement tarifaire. En clair, 97 % des produits congolais bénéficieront désormais d’une libre circulation à travers l’Afrique, sans être grevés de droits de douane.
Cette mesure ouvre une perspective stratégique pour les acteurs économiques congolais. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, en appelle d’ailleurs à une réaction immédiate des opérateurs : « Celui qui saisit cette opportunité trouvera un marché », a-t-il affirmé, soulignant le rôle déterminant du secteur privé dans cette ouverture commerciale.
Dans une Afrique qui représente un marché de plus de 1,4 milliard de consommateurs, cette initiative pourrait rebattre les cartes. La ZLECAF, conçue pour favoriser le commerce intra-africain, met les États au défi de rendre leur production plus compétitive. Pour la RDC, c’est une manière d’élargir son bassin commercial, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des circuits extérieurs.
Encore faut-il des routes. Des ports. De l’électricité. Car si le commerce est libéralisé sur le papier, il bute souvent sur l’absence de logistique et d’infrastructures. Julien Paluku ne s’en cache pas. Le gouvernement, dit-il, a déjà mis en œuvre plusieurs leviers pour combler ce retard. Parmi eux :
- le plan directeur d’industrialisation,
- la stratégie nationale de promotion des exportations,
- un plan de transformation agricole,
- et un programme national de développement des infrastructures routières.
Mais ces outils restent à concrétiser. À ce jour, plusieurs corridors stratégiques manquent encore de fluidité. Le réseau ferroviaire reste partiellement obsolète, et les plateformes industrielles peinent à couvrir les besoins régionaux.
Pourtant, l’enjeu n’est plus seulement économique. Dans une déclaration en marge de la 16e réunion du Conseil des membres de la ZLECAF, Julien Paluku a condamné le pillage organisé des ressources congolaises par le Rwanda, y voyant un frein direct à l’intégration africaine. L’insécurité dans l’Est du pays, doublée de la spoliation des minerais, limite la capacité du pays à exporter ses produits dans un contexte serein.
La ZLECAF regroupe actuellement 54 pays membres, dont la quasi-totalité des États africains. Sa promesse : créer le plus grand espace commercial du monde, en supprimant progressivement les barrières douanières. Pour la RDC, ce marché unique peut devenir un catalyseur de transformation, à condition que les acteurs nationaux répondent à l’appel. Car la suppression des droits n’est qu’un levier. Le vrai défi réside dans la capacité à produire, transformer et livrer des biens compétitifs et conformes aux normes régionales.
En déposant cette liste de produits, la RDC affirme donc sa volonté de se projeter vers un avenir économique intégré. Mais cette volonté politique ne portera de fruits que si elle s’accompagne d’un écosystème solide, capable de faire face à la rigueur des marchés continentaux.
— M. KOSI


