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RDC : Un an d’attente et toujours aucun bateau de pêche livré depuis l’Égypte

La Rédaction
Dernière mise à jour : mars 28, 2025 11:28 pm
La Rédaction
il y a 1 an
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bateau de pêche rdc
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Lancée avec éclat en 2024, l’initiative du gouvernement congolais visant à acquérir huit bateaux de pêche construits en Égypte demeure, un an plus tard, à l’étape de promesse suspendue. Ces navires, censés renforcer la capacité nationale de pêche et contribuer à la réduction de la facture d’importation estimée à plus de 69 millions de dollars par an, n’ont toujours pas quitté les eaux du Nil. Leur immobilisation soulève des interrogations sur l’organisation et le financement d’un projet présenté comme prioritaire.

Le gouvernement congolais avait misé sur cinq bateaux artisanaux de 8 mètres et trois chalutiers industriels d’environ 28 mètres pour relancer un secteur peu structuré. Des essais techniques avaient été réalisés avec succès en Égypte, et les équipements déclarés prêts au départ dès l’automne 2024. Cependant, entre contraintes administratives non anticipées et retards dans la transmission des autorisations de navigation, les bateaux restent à quai, plus de douze mois après la fin de leur construction.

Parmi les obstacles évoqués figurent l’obtention tardive des lettres de mer provisoires, l’absence de fréquences radio homologuées, ainsi que le non-paiement de certaines dépenses logistiques engagées par les émissaires congolais en Égypte. Ce dernier point reflète un déséquilibre budgétaire et une absence de planification financière. Certains techniciens congolais, chargés de superviser les procédures de transfert, auraient été contraints d’engager des frais sur fonds propres, leurs frais de mission n’ayant pas été couverts par l’État. Ces défaillances compromettent l’acheminement des bateaux vers le port de Boma, initialement prévu pour octobre 2024, puis repoussé à une date indéterminée.

Le décalage entre les annonces officielles et l’état réel du projet alimente la frustration. En décembre 2024, le gouvernement s’était contenté d’un communiqué vague promettant une arrivée « prochaine ». Aujourd’hui encore, en mars 2025, aucune embarcation n’a atteint les côtes congolaises. Les dernières estimations évoquent une livraison éventuelle au cours du deuxième trimestre 2025, sous réserve de résolution des blocages administratifs et financiers persistants.

Au-delà de l’acheminement physique des navires, la question de leur exploitation se pose avec acuité. Créé en 2023 pour structurer le secteur, l’Office National de Pêche et d’Aquaculture (ONPA) ne dispose toujours pas des infrastructures nécessaires pour assurer sa mission. Dépourvu de bureaux et de moyens logistiques jusqu’à fin 2024, l’ONPA a été sommé d’accueillir et d’exploiter une flotte sans qu’aucune stratégie claire de formation ou de recrutement des équipages ne soit mise en place.

Les chalutiers industriels requièrent des compétences spécifiques en navigation hauturière et en maintenance d’équipements sophistiqués. Aucun programme public de qualification des marins n’a été officiellement annoncé, et l’encadrement technique nécessaire reste inexistant. Sans ressources humaines adaptées, ces navires risquent d’être inutilisables à leur arrivée en RDC. La perspective d’une flotte à quai faute d’équipages formés n’est pas écartée par les observateurs du secteur.

L’ONPA, pourtant désigné comme le principal acteur de cette relance, fonctionne encore à bas régime. Son directeur général avait alerté, dès mai 2024, sur l’absence de budget de fonctionnement et de locaux pour abriter ses services. Ce n’est qu’en toute fin d’année que le président Tshisekedi a donné instruction au ministère des Finances de débloquer des fonds pour que l’institution devienne opérationnelle. Cette réaction tardive illustre un déséquilibre entre les ambitions affichées et les moyens mobilisés.

Cette accumulation de retards et de flous a favorisé la propagation de fausses informations. Sur les réseaux sociaux, plusieurs images d’embarcations, en réalité prises en Tunisie ou appartenant à des sociétés étrangères, ont été diffusées pour illustrer une flotte inexistante. L’absence de communication transparente de la part des autorités n’a fait qu’amplifier la confusion. Les démentis officiels, souvent tardifs, peinent à rassurer une population en attente de résultats concrets.

Pour de nombreux citoyens, ce projet, qui devait servir à la fois l’économie et la sécurité alimentaire nationale, ressemble désormais à un chantier suspendu. L’objectif affiché était pourtant clair : réduire les importations de poisson, fournir des protéines animales accessibles aux ménages, et soutenir l’emploi dans la filière halieutique. En intégrant ce projet dans la stratégie de diversification économique du pays, les autorités voulaient montrer que le développement pouvait aussi se faire loin des mines.

Mais cette ambition n’a pas été suivie d’une exécution rigoureuse. Entre imprévoyance administrative, difficultés budgétaires et absence d’encadrement technique, la mise en œuvre du projet semble avoir été engagée sans préparation suffisante. La commande de bateaux avant même la mise en place d’une institution capable de les accueillir et de les gérer interroge sur la logique suivie. L’écart entre les déclarations et la réalité laisse penser que la gouvernance du dossier n’a pas été à la hauteur des attentes.

La population congolaise, elle, attend toujours de voir ces bateaux entrer en activité et livrer du poisson sur les marchés locaux. La relance de la pêche artisanale et industrielle est perçue comme une nécessité pour soulager la pression sur les importations alimentaires et créer des emplois durables. Mais tant que ces navires resteront stationnés loin des côtes congolaises, les bénéfices attendus ne pourront se concrétiser.

Face à cette situation, les autorités sont appelées à clarifier les échéances, publier les étapes restantes et rendre compte des dépenses engagées. La confiance du public dépend de la capacité de l’État à démontrer que les fonds publics investis n’ont pas été dilapidés et que l’objectif de relance halieutique reste une priorité.

— M. KOSI

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