La Banque africaine de développement alerte sur les conséquences économiques d’un puissant épisode El Niño attendu au second semestre 2026. Les pertes cumulées pour les pays africains affectés pourraient atteindre entre 10 et 20 milliards USD, selon Anthony Nyong, directeur chargé du changement climatique et de la croissance verte à la BAD. Dans les économies les plus durement touchées, le choc pourrait amputer le produit intérieur brut de 1 % à 2 %.
La RDC figure parmi les pays identifiés comme particulièrement vulnérables, aux côtés du Soudan, du Soudan du Sud, de la Somalie, du Mali, du Burundi et du Nigeria. La BAD cite dans ces pays la combinaison de conflits actifs, d’endettement public élevé, d’insécurité alimentaire préexistante et de faibles capacités de réponse aux catastrophes comme facteurs aggravants.
Pour la RDC, le premier risque concerne l’agriculture. Une modification prolongée des précipitations peut provoquer des sécheresses dans certaines zones, des inondations dans d’autres, perturber les calendriers de semis et réduire les rendements. La BAD prévient que les prix du maïs pourraient doubler dans certaines régions africaines fortement affectées, une projection dont l’ampleur locale dépendra de l’intensité du phénomène, des stocks disponibles et de l’état des voies d’approvisionnement. Une baisse de la production agricole affecterait simultanément les revenus des cultivateurs et le pouvoir d’achat des ménages urbains.
Le choc pourrait également toucher les banques et les institutions de microfinance ayant financé des activités agricoles. Les pertes de récoltes augmentent le risque d’impayés et peuvent conduire les établissements financiers à restreindre l’octroi de nouveaux crédits dans les zones rurales.
Budget et infrastructures dans le viseur
Les infrastructures constituent le deuxième front d’exposition. Les inondations peuvent endommager les routes, les ponts, les réseaux électriques et les systèmes d’approvisionnement en eau, générant des dépenses d’urgence non prévues au budget. Les crédits initialement destinés aux investissements ou aux programmes sociaux pourraient alors être réorientés vers la reconstruction, au détriment des priorités de développement.
L’épisode El Niño 2023-2024 avait déjà provoqué des sécheresses en Afrique australe, des pluies intenses en Afrique de l’Est et une progression des prix alimentaires, illustrant la durée potentielle de ces chocs au-delà d’une seule campagne agricole. La BAD estime que l’Afrique aurait besoin de financements d’adaptation pouvant atteindre 100 milliards USD pour renforcer la résilience des économies exposées. Elle étudie des mécanismes d’appui financier et le recours aux fonds climatiques internationaux.
Pour la RDC, dont les réserves de change et les marges budgétaires restent sous tension, la capacité de réaction dépendra de la qualité des prévisions météorologiques, de la préparation des provinces, de la disponibilité de stocks alimentaires et de l’existence de mécanismes préventifs de financement des catastrophes.
— Joldie KAKESA









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