La République démocratique du Congo a enregistré 677,5 millions USD de recettes issues des exportations de minerais dits « 3T » en 2025, selon les données provisoires de la Cellule technique de coordination et de planification minière. Dans ce total, la cassitérite concentre à elle seule 652,7 millions USD, soit l’essentiel des revenus, confirmant sa place dominante dans cette filière stratégique, loin devant le coltan (23,7 millions USD) et la wolframite (1,34 million USD). Ces minerais, indispensables à l’industrie électronique mondiale, proviennent principalement des provinces du Maniema, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Haut-Katanga, du Haut-Lomami, du Lualaba et du Tanganyika, ce qui confirme l’ancrage territorial de cette production dans les zones minières de l’Est et du Sud-Est du pays.
La dynamique de la filière repose largement sur la cassitérite, dont les exportations ont atteint 46.251,72 tonnes pour une production totale de 47.787,58 tonnes, dominée par l’exploitation industrielle avec 33.044,27 tonnes, contre 14.743,31 tonnes issues de l’artisanat. Cette performance s’appuie notamment sur l’activité d’acteurs comme Alphamines Bisie, MMR, KMC, Crown Mining ou UC, ainsi que sur des exportations d’étain métal réalisées par MMR, signe d’une montée progressive vers des produits à plus forte valeur ajoutée. En comparaison, le coltan affiche des volumes bien plus modestes avec 1.018,11 tonnes exportées sur une production de 1.434,17 tonnes, dont 1.263,15 tonnes issues de l’exploitation artisanale, ce qui traduit une dépendance marquée à ce segment pour ce minerai. La wolframite reste marginale, avec 213,15 tonnes produites et seulement 94,51 tonnes exportées, pour une valeur limitée à 1,34 million USD.
Ces chiffres mettent en évidence une caractéristique structurante du secteur : le poids encore élevé de l’exploitation artisanale, en particulier pour le coltan et la wolframite. Cette configuration pose des défis persistants en matière de traçabilité, de formalisation et de gouvernance, dans un contexte où ces minerais sont intégrés aux chaînes d’approvisionnement internationales sensibles, notamment dans l’électronique. Elle limite également la capacité du pays à capter davantage de valeur ajoutée, alors que la transformation locale reste encore embryonnaire.
Malgré ces contraintes, la filière 3T s’impose comme un pilier secondaire mais stratégique des exportations minières congolaises, derrière le cuivre et le cobalt. Elle illustre à la fois le potentiel de diversification des revenus et les limites d’un modèle encore dominé par l’exportation brute. L’enjeu pour les autorités reste désormais d’accélérer la structuration de cette filière, en renforçant la formalisation de l’artisanat et en développant des capacités locales de transformation, afin de mieux capter la valeur dans un marché mondial de plus en plus exigeant.
— M. KOSI



