Les fonds promis pour relancer la Minière de Bakwanga (MIBA) seraient déjà disponibles, mais leur utilisation reste bloquée par plusieurs exigences imposées par les actionnaires de l’entreprise publique. Selon le président du Conseil d’administration, Jean-Charles Okoto, les 50 millions USD annoncés par le chef de l’État existent bel et bien. Un financement additionnel de 20 millions USD pourrait aussi être mobilisé, portant l’enveloppe totale à plus de 70 millions USD destinés au plan minimum de relance de cette société diamantifère basée à Mbuji-Mayi.
Malgré cette disponibilité financière, aucun décaissement immédiat n’est envisagé. Les actionnaires exigent d’abord un audit général de l’entreprise, un inventaire complet du patrimoine ainsi que la validation du plan de relance avant toute utilisation des fonds. « L’utilisation de ces fonds (…) obéira à l’option levée par les actionnaires, notamment l’audit général, l’inventaire général du patrimoine et la validation du plan de relance », a déclaré Jean-Charles Okoto.
Cette prudence s’explique par la situation de la MIBA, fragilisée depuis plusieurs années par des difficultés financières, des problèmes de gouvernance et une forte baisse de la production. L’entreprise, autrefois considérée comme l’un des principaux piliers économiques du Kasaï oriental, a progressivement perdu sa capacité de production à cause du vieillissement des équipements, du manque d’investissements et de l’endettement accumulé au fil des années. À son apogée, la société contribuait largement aux recettes publiques et faisait vivre une partie importante de l’économie locale à Mbuji-Mayi.
Un enjeu économique et social pour le Kasaï oriental
Le dossier MIBA dépasse aujourd’hui la seule question minière. Pour les autorités comme pour les actionnaires, il s’agit aussi d’un test de gouvernance des entreprises publiques congolaises. Les nouvelles exigences de contrôle traduisent une volonté d’éviter une nouvelle injection de fonds sans mécanismes de suivi rigoureux. Dans plusieurs entreprises publiques du pays, les précédents plans de relance ont souvent été confrontés à des problèmes de traçabilité des dépenses, à l’absence de restructuration réelle ou à des difficultés de gestion interne.
Dans le cas de la MIBA, l’audit devra permettre d’évaluer précisément l’état des actifs, les besoins réels de financement et la capacité de l’entreprise à redevenir opérationnelle. Cette étape est considérée comme indispensable avant tout engagement financier important.
À Mbuji-Mayi, la relance de la MIBA reste fortement attendue. L’entreprise conserve une valeur symbolique importante dans le Kasaï oriental, où elle est encore associée à l’emploi, à l’activité économique et au développement local. Beaucoup espèrent qu’une reprise des activités minières pourrait relancer plusieurs secteurs liés au commerce et aux services dans la région.
Mais après plusieurs années de crise, la question n’est plus seulement de trouver des financements. Les autorités devront aussi démontrer que les fonds mobilisés peuvent être gérés de manière transparente et produire une relance durable de cette entreprise historique.
— Peter MOYI




