L’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) poursuit son déploiement à travers le pays avec l’ambition de réduire le déficit d’accès à l’électricité dans les zones éloignées des grands centres urbains. Dans son rapport annuel 2025, l’établissement public dresse le bilan de cinq années d’activités et met en avant un portefeuille de 65 projets destinés à renforcer l’offre énergétique dans les territoires ruraux et périurbains de la République démocratique du Congo.
Depuis son opérationnalisation en 2020, l’ANSER indique avoir engagé plus de 60 projets dans 53 territoires du pays. Ces interventions ont mobilisé plus de 37 millions USD de financements publics pour la construction de centrales solaires photovoltaïques, d’ouvrages hydroélectriques ainsi que pour l’extension ou le raccordement à des réseaux existants. Si l’objectif initial consistant à faire passer le taux d’accès à l’électricité en milieu rural et périurbain de 1 % à 30 % n’a pas encore été atteint, l’agence estime avoir posé les bases institutionnelles et techniques nécessaires pour accélérer le développement du secteur au cours des prochaines années.
Le Programme d’investissements prioritaires constitue aujourd’hui le principal outil de cette stratégie. Il regroupe 65 projets représentant 75 ouvrages pour un coût global estimé à 118,9 millions USD. Selon le rapport, ces investissements devraient permettre d’atteindre une capacité énergétique installée ou en cours de déploiement d’environ 41 mégawatts. À la fin de l’année 2025, 24 ouvrages avaient déjà été achevés. Le taux d’exécution physique global des projets atteignait 55 %, alors que le taux de paiement s’élevait à 42 %, traduisant un décalage entre l’avancement des travaux sur le terrain et les décaissements financiers.
Malgré ces avancées, les résultats en matière de raccordement restent encore modestes au regard des ambitions affichées. Le rapport fait état de 3 125 ménages raccordés dans ses données techniques, tandis que le tableau de bord global mentionne 3 424 raccordements réalisés. Ces chiffres demeurent très inférieurs aux plus de 612 000 raccordements prévus dans les différents projets en portefeuille. Cette situation illustre l’un des défis majeurs auxquels l’agence est confrontée : transformer les infrastructures construites en services réellement accessibles aux populations.
L’année 2025 marque néanmoins une étape importante avec la mise en exploitation progressive de 22 centrales solaires réalisées par l’ANSER. L’agence souligne que plusieurs infrastructures achevées ne pouvaient pas fonctionner pleinement faute d’un dispositif clair de gestion et de maintenance. L’adoption d’un cadre de sélection des opérateurs chargés de l’exploitation devrait permettre d’améliorer la durabilité des installations tout en limitant les risques de vandalisme, de sabotage ou de dégradation des équipements.
Le rapport met également en lumière les progrès enregistrés dans le financement du secteur grâce au Fonds Mwinda. Longtemps resté au stade de préparation, ce mécanisme est devenu opérationnel en 2025 et a mobilisé 50,26 millions USD avec l’appui de la Banque mondiale, de la GEAPP ainsi que du PNUD à travers le FONAREDD. Les premiers appels à projets lancés en septembre dernier ciblent notamment les mini-réseaux électriques, les systèmes solaires domestiques, les solutions de cuisson propre ainsi que l’électrification des écoles, centres de santé et autres infrastructures communautaires.
Ces investissements interviennent dans un contexte où l’accès à l’électricité demeure l’un des principaux défis du développement économique congolais. Selon les données reprises dans le rapport, le taux national d’accès à l’électricité est estimé à environ 21 % en 2025. La situation est encore plus préoccupante dans les zones rurales et périurbaines qui représentent près de 80 % du territoire national. Pour répondre à cet enjeu, l’ANSER ambitionne désormais de contribuer à porter le taux d’accès à l’électricité à 50 % dans ces zones d’ici 2030, avant de viser un accès universel à l’horizon 2045.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de plusieurs facteurs. Les contraintes de financement, les retards dans les décaissements, les procédures administratives, les difficultés foncières et les problèmes de sécurité continuent de ralentir certains projets. Pour les prochaines années, l’enjeu ne sera donc pas seulement de construire de nouvelles infrastructures, mais aussi de garantir leur mise en service effective, leur maintenance et leur viabilité économique afin qu’elles contribuent durablement au développement des communautés locales.
— M. KOSI




