Le gouvernement provincial du Maï-Ndombe s’apprête à commercialiser un premier lot d’environ 5 tonnes de poissons issus d’un programme d’aquaculture. Cette production, obtenue grâce à l’insémination artificielle de tilapias et de clarias, vise à réduire la pression sur les ressources halieutiques, confrontées depuis plusieurs années à la surexploitation et aux pratiques de pêche interdites.
Province traversée par de nombreuses rivières et abritant le lac Maï-Ndombe, l’un des principaux plans d’eau de la République démocratique du Congo, le Maï-Ndombe dispose d’un important patrimoine halieutique. Pourtant, les captures diminuent progressivement, poussant les autorités provinciales à explorer d’autres solutions pour approvisionner les marchés.
C’est dans cette perspective que le gouvernement provincial a développé un projet d’aquaculture reposant sur la production d’alevins par insémination artificielle. Les premières récoltes concernent le tilapia et le clarias, deux espèces largement consommées en RDC. Selon le gouverneur Nkoso Kevani, près de 5 tonnes de poissons devraient être mises prochainement sur le marché d’Inongo, avant une extension du programme dans les autres territoires de la province.
L’aquaculture, une alternative à la surexploitation des ressources halieutiques
Les autorités provinciales attribuent une grande partie de la baisse des ressources piscicoles à l’utilisation de techniques de pêche prohibées, notamment les moustiquaires utilisées comme filets. Ces pratiques capturent les poissons à tous les stades de leur développement, empêchent le renouvellement des espèces et fragilisent durablement les écosystèmes aquatiques.
Dans ce contexte, l’aquaculture apparaît comme une solution complémentaire à la pêche traditionnelle. En produisant des poissons dans des infrastructures contrôlées, elle permet d’alimenter les marchés sans accroître la pression sur les rivières et le lac Maï-Ndombe. Au-delà de la préservation des ressources, cette activité peut également créer des revenus pour les pisciculteurs, développer de nouvelles filières économiques et renforcer l’approvisionnement des marchés locaux en protéines animales.
Un enjeu économique et alimentaire pour la RDC
Le développement de l’aquaculture dépasse le seul cadre du Maï-Ndombe. La consommation de poisson progresse dans plusieurs provinces alors que les captures naturelles restent soumises aux effets de la surpêche, des changements environnementaux et du manque de contrôle des pratiques de pêche. Pour réduire cette dépendance, plusieurs spécialistes plaident en faveur d’investissements dans les écloseries, la production d’alevins, la formation des pisciculteurs, l’accès aux aliments pour poissons et la modernisation des infrastructures de conservation.
L’expérience menée à Inongo pourrait ainsi servir de modèle à d’autres provinces disposant d’un fort potentiel en eau. Si les résultats se confirment, l’aquaculture pourrait contribuer à améliorer la sécurité alimentaire, à réduire les importations de produits halieutiques et à créer une nouvelle chaîne de valeur autour de l’économie bleue en République démocratique du Congo. Le véritable défi sera désormais de passer d’une production pilote à une filière capable d’approvisionner durablement les marchés tout en préservant les ressources naturelles dont dépend encore une grande partie de la pêche artisanale.
— Peter MOYI









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