Afriland First Bank CD affichait à fin 2025 des fonds propres négatifs de 116,9 millions USD, une perte de 50,4 millions USD et un produit net bancaire déficitaire. Ces chiffres décrivent une situation financière très dégradée, mais ils ne signifient pas qu’une liquidation ou un retrait d’agrément a déjà été décidé. La BCC continue de classer Afriland parmi les banques agréées en RDC.
La situation financière d’Afriland First Bank CD reste préoccupante plus de trois ans après son placement sous administration provisoire. À fin décembre 2025, les données attribuées à la Banque centrale du Congo font état d’un produit net bancaire négatif de 4,68 millions USD, d’une perte de 50,4 millions USD et de fonds propres négatifs de 116,9 millions USD. La banque détenait parallèlement 124,9 millions USD de dépôts de clientèle pour 175 millions USD de crédits bruts.
La qualité de ce portefeuille constitue l’un des principaux problèmes. Sur les 175 millions USD de crédits bruts, seuls 37,8 millions USD, soit 21,6 %, étaient classés comme créances saines. La banque avait constitué 131,9 millions USD de provisions pour couvrir ses créances dégradées. Ces niveaux réduisent fortement la capacité du portefeuille de prêts à générer des revenus et augmentent le besoin de recapitalisation.
Ces données ne sont toutefois pas nouvelles. Lepoint.cd avait déjà documenté le 3 août la dégradation de la solvabilité d’Afriland et calculé qu’une injection supérieure à 166,9 millions USD serait théoriquement nécessaire pour effacer les 116,9 millions USD de fonds propres négatifs puis atteindre le seuil réglementaire minimum de 50 millions USD. Ce calcul reste indicatif et ne tient pas compte d’éventuelles nouvelles pertes, des ajustements prudentiels ou du montant de capital qu’exigerait finalement la BCC dans un plan de restructuration.
Fonds propres négatifs ne signifie pas automatiquement liquidation
La publication d’EcoMatin du 17 août présente Afriland comme se rapprochant d’un « dépôt de bilan ». Les chiffres justifient une interrogation sérieuse sur sa viabilité, mais cette formulation ne correspond pas, à ce stade, à une décision officielle annoncée par le régulateur. La BCC continue de faire figurer Afriland First Bank CD SA dans sa liste des banques agréées.
Le cadre applicable aux banques en difficulté est par ailleurs spécifique. La loi n° 22/069 du 27 décembre 2022 relative à l’activité et au contrôle des établissements de crédit organise notamment leur redressement et leur résolution sous l’autorité de la Banque centrale. La résolution vise à traiter un établissement dont la situation menace sa solvabilité et les intérêts des déposants ou créanciers, avec des pouvoirs élargis confiés à l’autorité chargée de restructurer la banque.
Afriland est précisément passée sous ce régime après avoir été placée sous administration provisoire le 20 juin 2022. En janvier 2023, l’intervention a évolué vers une procédure de résolution. La BCC a ensuite prorogé à plusieurs reprises le mandat du commissaire chargé du dossier.
La différence est essentielle. Une banque sous résolution peut faire l’objet d’une recapitalisation, d’une restructuration du capital, de transferts d’actifs ou d’autres mesures destinées à restaurer sa viabilité ou à organiser sa sortie du marché. Une liquidation ne constitue donc qu’une issue possible parmi plusieurs scénarios et doit résulter d’une procédure ou d’une décision du régulateur.
Le redressement doit désormais résoudre un déficit de capital très élevé
La difficulté principale reste financière. Avant la crise, les fonds propres d’Afriland First Bank CD atteignaient encore 48,05 millions USD à mi-2021. En mars 2022, la BCC évaluait déjà son besoin de recapitalisation à environ 90 millions USD, montant alors contesté par l’actionnaire majoritaire Afriland First Group. À fin 2025, la situation comptable s’était davantage détériorée avec des fonds propres désormais négatifs de 116,9 millions USD.
La banque a également perdu une partie de ses activités. En 2025, des marchés liés à la paie des enseignants et aux frais de fonctionnement d’établissements scolaires dans cinq entités ont été transférés à d’autres banques. Le portefeuille concernait 29 513 agents, 2 039 établissements et environ 12 milliards CDF de paiements mensuels, selon les données rapportées par Bankable. Cette perte de volumes peut réduire les commissions et autres revenus générés par les opérations de paiement.
À cette difficulté s’ajoute le contentieux avec l’ancien actionnaire de référence. Afriland First Group affirme avoir été évincé du capital et a engagé une procédure d’arbitrage international contre la RDC. EcoMatin indique que la procédure devant le CIRDI reste pendante. Ces affirmations et ce différend juridique doivent être distingués de la situation prudentielle de la banque, qui relève de la BCC.
Le prochain fait réellement nouveau ne sera donc pas une nouvelle qualification de la gravité des chiffres de 2025. Il faudra surveiller une décision de la BCC sur la résolution, l’arrivée éventuelle d’un investisseur, une recapitalisation, une restructuration du bilan ou, à défaut, une mesure de retrait d’agrément et de liquidation. Tant qu’aucune de ces décisions n’est officiellement annoncée, les fonds propres négatifs démontrent une insolvabilité comptable sévère, mais ne permettent pas à eux seuls d’annoncer la disparition de la banque.
— J. KAKESA









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