Plus d’un mois après l’ordre de Félix Tshisekedi de retirer les militaires et policiers déployés illégalement dans les mines, des hommes en uniforme restent signalés sur plusieurs sites du Lualaba, selon DosEco. La persistance du phénomène remet au premier plan l’application d’une mesure pourtant engagée dès juillet à Kisankala.
La démilitarisation des sites miniers du Lualaba n’est pas encore achevée. DosEco rapporte, le 18 août 2026, la présence persistante de militaires sur plusieurs sites de cette province qui concentre une grande partie de la production congolaise de cuivre et de cobalt. Ce constat intervient après une instruction présidentielle qui ne visait pas toute présence sécuritaire dans les zones minières, mais spécifiquement les militaires et policiers déployés en dehors des missions prévues par la loi.
Le 10 juillet, au cours de la 94ᵉ réunion du Conseil des ministres, Félix Tshisekedi avait demandé le retrait immédiat et définitif des éléments irrégulièrement présents dans les exploitations minières. L’instruction associait les ministères de la Défense, de l’Intérieur, des Mines et de la Justice ainsi que les commandements de l’armée et de la police. Le SAEMAPE avait publiquement soutenu cette décision trois jours plus tard, en la reliant à la lutte contre les pratiques irrégulières dans le secteur minier artisanal.
À Kisankala, le retrait avait commencé dès juillet
Une première application visible avait été enregistrée dans le territoire de Lubudi. Le 18 juillet, le commandant de la 22ᵉ région militaire, le général Eddy Kapend Yrung, avait ordonné le retrait des militaires du site de Kisankala. L’opération avait effectivement commencé, selon Actualite.cd, avec l’annonce qu’elle serait progressivement étendue à d’autres carrières du Lualaba.
À cette occasion, Eddy Kapend avait également mis en cause le comportement de certains opérateurs miniers. Selon lui, des entreprises sollicitent des militaires pour sécuriser leurs intérêts ou intervenir dans des conflits liés aux concessions, alors que ces différends devraient relever des administrations compétentes ou de la justice. Il n’avait toutefois ni identifié publiquement les entreprises concernées ni chiffré l’ampleur de ces pratiques.
Cette distinction est importante. La présence d’un militaire dans une zone minière n’est pas nécessairement illégale. Certaines missions peuvent relever de la défense du territoire, de la sécurisation d’installations stratégiques ou de la surveillance de substances sensibles. L’instruction présidentielle cible surtout l’utilisation des forces de défense dans l’exploitation, la protection d’intérêts privés ou les conflits entre opérateurs.
Le problème est ancien. En mars 2024 déjà, le gouvernement provincial du Lualaba dénonçait une présence importante de militaires dans les carrières. Le ministre provincial des Mines de l’époque, Jacques Kaumba Mukumbi, associait cette situation à des difficultés de contrôle des activités artisanales et de perception des recettes. La hiérarchie militaire avait elle-même rappelé dès août 2023 l’interdiction faite aux soldats de mener des activités dans les carrés miniers.
De l’ordre présidentiel au contrôle effectif des concessions
La persistance de militaires signalée en août montre que le retrait ne dépend pas seulement d’un ordre adressé à la chaîne de commandement. Il suppose également d’identifier les unités présentes, leurs donneurs d’ordre, les entreprises ou particuliers qui sollicitent leur intervention et les solutions de sécurité qui doivent remplacer les déploiements irréguliers.
Cette question touche directement la gouvernance minière. Le 10 juillet, le Gouvernement avait associé la militarisation illégale aux risques de fraude, aux circuits illicites et à l’affaiblissement des mécanismes de contrôle du secteur. Radio Okapi relevait encore le 22 juillet que des mesures similaires avaient déjà été prises à plusieurs reprises en RDC sans parvenir à supprimer durablement le phénomène.
Le Lualaba constitue donc un test d’exécution. Après le lancement du retrait à Kisankala, la prochaine donnée utile sera le nombre de sites effectivement évacués, les effectifs retirés et les éventuelles sanctions contre les éléments revenus ou maintenus sans base légale. À ce stade, aucun bilan officiel exhaustif publié ne permet encore de mesurer province par province l’application de la directive du 10 juillet.
Si les informations rapportées le 18 août se confirment dans les contrôles administratifs et militaires, l’enjeu ne sera plus de rappeler l’interdiction. Il sera de déterminer pourquoi certains déploiements résistent à une instruction présidentielle et quels acteurs continuent à les entretenir.
— M. KOSI









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