La RDC exporte ses minerais, le Maroc exporte son industrie : deux modèles, deux résultats

Le Maroc est devenu en 2025 le pays le plus industrialisé d’Afrique selon la Banque africaine de développement, avec un score de 0,8415, devant l’Afrique du Sud. Ce résultat interpelle particulièrement la République démocratique du Congo. Car pendant que le Royaume transforme ses phosphates, développe son industrie automobile, attire les fabricants de batteries et exporte des produits à forte valeur ajoutée, la RDC continue de dépendre largement de l’exportation de matières premières brutes ou semi-transformées.

La Rédaction

Le Maroc est devenu en 2025 le pays le plus industrialisé d’Afrique selon la Banque africaine de développement, avec un score de 0,8415, devant l’Afrique du Sud. Ce résultat interpelle particulièrement la République démocratique du Congo. Car pendant que le Royaume transforme ses phosphates, développe son industrie automobile, attire les fabricants de batteries et exporte des produits à forte valeur ajoutée, la RDC continue de dépendre largement de l’exportation de matières premières brutes ou semi-transformées.

Le contraste est saisissant. D’un côté, un pays qui ne possède ni les réserves géantes de cuivre du Katanga, ni les ressources exceptionnelles de cobalt de la RDC. De l’autre, un pays qui s’est imposé comme l’un des principaux centres industriels du continent.

En 2024, les exportations marocaines ont atteint près de 455 milliards de dirhams. À elles seules, les exportations automobiles ont généré 157,6 milliards de dirhams, soit plus du tiers des ventes extérieures du pays. L’industrie automobile marocaine a produit 559 645 véhicules en une année et s’appuie désormais sur un écosystème complet composé de constructeurs, d’équipementiers, de fournisseurs de câblage, de fabricants de sièges et de composants électroniques.

Le plus remarquable est que le Maroc ne s’est pas contenté d’assembler des véhicules. Il a progressivement développé une chaîne de valeur qui lui permet de capter une part croissante de la richesse créée. Les usines Renault et Stellantis s’appuient aujourd’hui sur un taux d’intégration locale élevé, tandis que le pays attire déjà les investissements liés aux batteries électriques et aux nouvelles technologies de mobilité.

Cette trajectoire n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une stratégie poursuivie pendant plusieurs décennies : créer des zones industrielles, investir dans les infrastructures portuaires, développer la formation technique, attirer les investisseurs étrangers et surtout transformer localement une partie croissante des ressources disponibles.

Le deuxième pilier du modèle marocain illustre parfaitement cette logique. Le Royaume possède environ 70 % des réserves mondiales de phosphates. Pourtant, sa réussite ne vient pas seulement de l’extraction. Elle vient de la transformation. En 2024, les exportations de phosphates et de produits dérivés ont atteint 86,8 milliards de dirhams, dont plus de 63 milliards de dirhams d’engrais. Le Maroc exporte davantage de produits transformés que de minerai brut.

C’est précisément là que la comparaison devient intéressante pour la RDC.

Le pays est devenu l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre et le premier producteur de cobalt. Les exportations minières atteignent des niveaux records et attirent les plus grandes puissances économiques de la planète. Les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, les Émirats arabes unis et plusieurs groupes internationaux se disputent désormais l’accès aux minerais stratégiques congolais.

Pourtant, malgré cette richesse exceptionnelle, la transformation locale reste limitée. Une grande partie du cuivre, du cobalt et d’autres minerais quitte encore le territoire sous une forme peu transformée. La valeur industrielle, technologique et commerciale est ensuite captée ailleurs.

Le paradoxe est donc frappant : le Maroc transforme des phosphates et exporte des engrais. La RDC exporte encore une part importante de ses minerais avant leur transformation industrielle avancée.

Cette différence explique une partie de l’écart observé dans les performances industrielles. Les recettes minières sont importantes, mais elles ne créent pas le même nombre d’emplois qu’un tissu industriel diversifié. Une usine automobile, une usine de batteries, un complexe chimique ou une industrie électronique génèrent des milliers d’emplois directs et indirects, stimulent la sous-traitance locale et favorisent l’émergence de nouvelles compétences.

Le modèle marocain montre également l’importance de la stabilité des politiques industrielles. Les investissements dans l’automobile, l’aéronautique ou les batteries n’ont pas été obtenus en quelques années. Ils résultent d’une vision de long terme associant infrastructures, fiscalité, logistique, formation et intégration aux chaînes de valeur mondiales.

La RDC possède pourtant plusieurs avantages que le Maroc ne possède pas. Elle dispose d’immenses ressources minières, d’un potentiel hydroélectrique exceptionnel, d’un vaste marché intérieur et d’une position centrale en Afrique. Ces atouts pourraient lui permettre de devenir un centre industriel majeur du continent.

Mais pour cela, le pays devra dépasser le modèle fondé principalement sur l’exportation de matières premières. Les discussions actuelles sur la transformation locale du cuivre, du cobalt, du lithium ou encore sur la fabrication de précurseurs de batteries vont dans cette direction. Encore faut-il que ces projets se traduisent par des usines, des infrastructures énergétiques fiables et une montée en compétence de la main-d’œuvre nationale.

L’exemple marocain montre qu’un pays ne devient pas une puissance industrielle parce qu’il possède des ressources. Il le devient parce qu’il transforme ces ressources, attire les investissements productifs et construit des chaînes de valeur capables de créer davantage de richesse sur son territoire.

La véritable question pour la RDC n’est donc pas de savoir si elle possède suffisamment de minerais pour s’industrialiser. La question est de savoir combien de temps elle continuera à exporter son potentiel industriel avant de le transformer elle-même.

— M. KOSI

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