La Régie de distribution d’eau (REGIDESO) a amélioré ses performances financières et opérationnelles au cours des cinq dernières années. Sa production d’eau est passée à 336,3 millions de mètres cubes en 2024, pour une valeur estimée à près de 465 milliards de francs congolais (CDF). Pourtant, l’entreprise continue de vendre son eau en dessous de son coût de production, ce qui limite sa capacité à financer l’extension du réseau national.
Les états financiers publiés mercredi à Kinshasa montrent une progression significative de l’activité de la société publique. En 2024, la REGIDESO a produit 336,3 millions de mètres cubes d’eau, contre 294,5 millions en 2020. La valeur de cette production est passée de 254,3 milliards CDF à 464,8 milliards CDF, soit plus de 206 millions USD au taux de change de la Banque centrale du Congo.
Cette évolution traduit une amélioration continue des performances de l’entreprise. Après avoir atteint 301,5 millions de mètres cubes en 2021 puis 324 millions en 2022, la production avait culminé à 348,1 millions de mètres cubes en 2023 avant de légèrement reculer en 2024. Malgré cette baisse des volumes, la valeur financière de la production a continué de progresser grâce à l’évolution des tarifs et de la valorisation commerciale.
Les volumes effectivement facturés ont eux aussi augmenté. Ils sont passés de 164,9 millions de mètres cubes en 2020 à 201,5 millions en 2024, signe d’une amélioration de la commercialisation de l’eau produite.
Une entreprise qui vend encore l’eau à perte
Malgré ces résultats, les comptes de la REGIDESO mettent en évidence une faiblesse structurelle. En 2024, le coût moyen de production d’un mètre cube d’eau s’est élevé à 2 703,81 CDF, alors que le prix moyen de vente n’a atteint que 2 307,03 CDF.
Autrement dit, chaque mètre cube vendu génère une perte pour l’entreprise. Cette situation a entraîné un manque à gagner de près de 79,9 milliards CDF sur l’exercice 2024. En tenant compte de la marge réglementaire de 20 % prévue pour assurer la viabilité financière de l’entreprise, le déficit économique dépasse 108,9 milliards CDF.
Cet écart explique pourquoi la REGIDESO continue de rencontrer des difficultés pour financer seule le renouvellement de ses installations, l’extension de son réseau et l’amélioration de la qualité du service. Pour le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, la réforme tarifaire engagée par le gouvernement doit permettre d’améliorer progressivement la solvabilité de l’entreprise tout en maintenant des mécanismes de protection pour les ménages les plus vulnérables.
Le gouvernement estime qu’une entreprise financièrement plus solide sera davantage en mesure d’obtenir des financements auprès des banques et des partenaires techniques pour moderniser les infrastructures hydrauliques.
Le défi reste immense. Selon la direction générale, moins de 20 % de la population congolaise bénéficie actuellement d’un accès au réseau de distribution d’eau potable. Ce taux figure parmi les plus faibles de la région et illustre l’ampleur des investissements encore nécessaires.
Pour répondre à cette demande, la REGIDESO souhaite également développer plusieurs projets industriels destinés à réduire sa dépendance aux importations. Parmi eux figurent la fabrication locale de tuyaux, de compteurs, d’autres équipements hydrauliques ainsi qu’un projet de production d’eau en bouteille. Une unité industrielle est notamment envisagée à Maluku afin de soutenir la modernisation du secteur.
Au-delà des performances financières présentées cette année, l’enjeu principal reste donc de transformer cette amélioration comptable en investissements capables d’étendre durablement l’accès à l’eau potable. Tant que les tarifs resteront inférieurs au coût réel de production, la capacité d’autofinancement de la REGIDESO demeurera limitée et l’entreprise continuera de dépendre du soutien de l’État et des bailleurs de fonds pour répondre aux besoins croissants de la population.
— M. KOSI









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