La Banque mondiale pourrait mobiliser jusqu’à 11 milliards USD pour accompagner la République démocratique du Congo dans son prochain cycle de coopération. Ce financement attendu s’inscrit dans l’élaboration du nouveau Cadre de Partenariat Pays, un document stratégique appelé à orienter les interventions de l’institution sur les dix prochaines années. Les consultations ont été lancées sous la conduite de la Première Ministre Judith Suminwa, avec plusieurs membres du Gouvernement concernés par les secteurs économiques et sociaux.
L’annonce a été faite par Albert G. Zeufack, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC, l’Angola et Sao Tomé-et-Principe. Selon lui, le montant pourrait être revu à la hausse si les réformes améliorent le climat des affaires et attirent plus de capitaux privés. L’enjeu dépasse donc le financement public classique : il s’agit d’utiliser l’appui de la Banque mondiale comme levier pour attirer l’investissement productif.
Cette nouvelle phase doit s’aligner sur le Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028, avec une priorité affichée : créer des emplois, soutenir la diversification économique et réduire la dépendance excessive de la croissance au secteur extractif. Pour la RDC, le sujet est sensible. Le pays dispose de ressources naturelles abondantes, mais la majorité de la population bénéficie encore peu de cette richesse. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que la pauvreté reste élevée et que la création d’emplois demeure limitée dans le secteur minier.
Infrastructures, capital humain et climat des affaires ciblés
Le futur cadre de partenariat devrait reposer sur trois axes à affiner avec les ministères sectoriels. Les priorités déjà citées concernent les infrastructures de transport, l’éducation, la formation, ainsi que les réformes économiques destinées à rendre l’environnement des affaires plus attractif. Ces orientations répondent à une faiblesse connue de l’économie congolaise : produire plus ne suffit pas si les routes, l’énergie, les compétences et les règles administratives ne suivent pas.
L’énergie occupe aussi une place importante dans les discussions. La Banque mondiale veut accompagner la RDC dans la mise en œuvre de son compact énergétique, avec l’objectif de porter l’accès à l’électricité à 60 % de la population. Pour l’industrie, les PME et l’agriculture de transformation, l’accès à une électricité plus fiable reste une condition de base. Sans énergie, la diversification économique reste limitée aux intentions.
Le portefeuille actif de la Banque mondiale en RDC atteignait déjà 7,6 milliards USD au 15 mars 2026, répartis entre 22 projets nationaux et une opération régionale. Ces interventions couvrent notamment la gouvernance, le secteur privé, la santé, l’éducation, les infrastructures, l’agriculture, l’accès à l’électricité, l’eau, le développement urbain et la transformation numérique. (Banque Mondiale)
Le vrai test sera dans l’exécution
Pour le Gouvernement, l’intérêt de ce nouveau cadre est clair : disposer d’un financement long, structuré et aligné sur les priorités nationales. Mais le volume annoncé ne suffira pas. La capacité d’absorption, la qualité des projets, la rapidité des décaissements et la coordination entre ministères détermineront l’impact réel de ce partenariat.
Les travaux techniques doivent se poursuivre jusqu’en septembre 2026, avant une finalisation du document stratégique entre le Gouvernement et la Banque mondiale. Le nouveau Cadre de Partenariat Pays devrait ensuite être soumis au Conseil d’administration de l’institution en novembre 2026.
La RDC a donc une fenêtre à exploiter. Si les réformes avancent, les 11 milliards USD annoncés peuvent soutenir les secteurs qui créent plus d’emplois hors mines : agriculture, énergie, transport, formation, industrie légère, services et numérique. Mais si les projets restent dispersés, le pays risque de transformer cette enveloppe en addition de programmes sans effet visible sur l’économie réelle.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien la Banque mondiale mettra sur la table. Elle est de savoir si la RDC peut convertir ce partenariat en routes praticables, électricité disponible, écoles mieux équipées, entreprises financées et emplois durables. C’est là que se mesurera la portée économique de ce nouveau cadre.
— M. KOSI









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