Entre 90 % et 98 % de l’or extrait en RDC ne serait pas déclaré, selon une estimation présentée par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Ce taux révèle l’ampleur présumée du commerce clandestin, mais il ne constitue pas encore une mesure statistique consolidée de la production nationale.
Le secrétaire exécutif de la CIRGL, Mubita Luwabelwa, a avancé cette estimation le 13 juillet 2026 à New York, lors d’une réunion du Conseil de sécurité organisée selon la formule Arria sous la présidence de la RDC. Les échanges étaient consacrés aux liens entre l’exploitation des ressources naturelles, les conflits armés et les insuffisances des mécanismes internationaux de contrôle.
Selon Mubita Luwabelwa, la production d’or progresse dans plusieurs zones alors que les volumes officiellement exportés depuis les territoires affectés par les conflits restent faibles. Il estime que les recettes générées en dehors des circuits réglementés servent notamment à financer l’achat d’armes, les milices et les administrations parallèles.
Le taux compris entre 90 % et 98 % doit cependant être présenté comme une estimation de la CIRGL. La déclaration disponible ne fournit pas de période d’observation, de ventilation provinciale ou de volume total permettant de reconstituer le calcul. Elle ne distingue pas non plus clairement la production industrielle de l’exploitation artisanale, alors que ces deux composantes disposent de chaînes de commercialisation très différentes.
La RDC a officiellement produit 28,2 tonnes en 2025
Les statistiques consolidées du ministère des Mines situent la production officielle d’or à 28 202,89 kilogrammes en 2025, contre 27 037,84 kilogrammes en 2024. Les exportations enregistrées ont dépassé 28 201 kilogrammes, pour une valeur évaluée entre 2,2 et 2,84 milliards USD selon les publications reprenant les données nationales.
L’essentiel de ce volume provenait du secteur industriel. Les exportations industrielles ont atteint environ 25 366 kilogrammes, tandis que celles issues de l’exploitation artisanale se sont établies à 2 834,72 kilogrammes. L’or artisanal ne représentait ainsi qu’environ 10 % des volumes officiellement exportés, malgré l’importance des activités d’orpaillage dans plusieurs provinces de l’Est et du centre du pays.
Ces données montrent que le pourcentage de 98 % ne peut pas être appliqué mécaniquement à l’ensemble de la production nationale. Les statistiques officielles intègrent une production industrielle structurée, dominée par de grandes exploitations qui déclarent leurs volumes. L’estimation de la CIRGL semble davantage refléter la situation de l’or artisanal et des zones où l’autorité de l’État, la traçabilité et les contrôles restent faibles.
Le décalage entre 28,2 tonnes enregistrées et une fraude estimée jusqu’à 98 % ne traduit donc pas nécessairement une contradiction. Il révèle surtout deux réalités parallèles. D’un côté, une production industrielle intégrée aux statistiques publiques. De l’autre, une multitude de sites artisanaux, de négociants et de circuits transfrontaliers dont les volumes restent difficiles à mesurer.
La formalisation doit relier la mine aux exportations
La perte pour la RDC ne se limite pas aux droits et taxes non perçus. L’or vendu clandestinement échappe également aux mécanismes de certification, aux statistiques commerciales et au contrôle des conditions dans lesquelles il a été extrait. Il peut ainsi être introduit dans les marchés régionaux puis internationaux sans conserver son origine congolaise.
La CIRGL appelle à mieux coordonner le mécanisme régional de certification, les groupes d’experts des Nations unies et les autres dispositifs de contrôle. Elle recommande également la création de bases de données communes, le renforcement des capacités nationales et davantage d’investissements dans la formalisation, la technologie et le financement des exploitants artisanaux.
Pour l’État congolais, la formalisation suppose d’identifier les sites, d’enregistrer les exploitants, d’organiser les coopératives et d’encadrer les négociants. Elle exige aussi des points d’achat accessibles capables de proposer des prix suffisamment compétitifs pour que les producteurs ne privilégient pas les réseaux clandestins.
Le chiffre de 98 % attire l’attention sur l’ampleur possible des pertes, mais la mesure économique du phénomène devra rapprocher la production estimée par province, les exportations officielles, les volumes saisis et les données des pays de transit. Cette consolidation permettra d’évaluer la quantité d’or réellement soustraite aux circuits congolais et les recettes publiques qui pourraient être récupérées par une meilleure traçabilité.
— M. MASAMUNA









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