La suspension de certaines activités minières à Mwenga et Shabunda arrive théoriquement à échéance le 22 août 2026. Avant toute reprise, le ministère des Mines devra transformer les contrôles annoncés en décisions opérationnelles permettant d’identifier les exploitants autorisés, les activités irrégulières et les conditions applicables dans les deux territoires.
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, avait signé le 22 mai 2026 l’arrêté n°00305/CAB.MIN/MINES/01/2026 suspendant pour trois mois les activités minières dans les territoires de Mwenga et Shabunda, au Sud-Kivu. La décision répondait à la recrudescence de l’exploitation illicite, aux difficultés de traçabilité des minerais et aux risques sécuritaires associés à certains circuits de production et de commercialisation.
Si les trois mois sont calculés à partir de la date de signature de l’arrêté, la mesure devrait arriver à son terme le 22 août. Cette échéance ne peut toutefois pas être réduite à une simple levée administrative. La période de suspension devait servir à vérifier la légalité des opérations, documenter les irrégularités, identifier leurs responsables et proposer les mesures prévues par la législation minière.
Une mission spéciale conduite par l’Inspection générale des Mines, avec l’appui d’autres services de l’État, avait été annoncée pour réaliser ce travail. Les documents rendus publics au lancement de l’opération précisent les objectifs du contrôle, mais ne présentent pas encore les conclusions permettant de distinguer les coopératives conformes, les entreprises autorisées, les comptoirs réguliers et les opérateurs appelés à corriger leur situation.
Clarifier les opérateurs réellement concernés
L’arrêté initial avait été compris comme une suspension générale des activités minières dans les deux territoires. Le ministère des Mines avait ensuite précisé, dans un communiqué du 26 mai, que l’exploitation artisanale exercée légalement par des Congolais pouvait se poursuivre. La restriction ciblait principalement les activités illicites et certaines opérations industrielles considérées comme préjudiciables à la sécurité nationale.
Cette clarification est essentielle pour préparer l’échéance d’août. Mwenga et Shabunda comptent de nombreux exploitants artisanaux dont les revenus dépendent directement de l’or, de la cassitérite et du coltan. Une reprise mal encadrée pourrait entretenir les mêmes confusions que celles observées au début de la suspension, avec le risque que des opérateurs réguliers soient bloqués tandis que des circuits clandestins continuent de fonctionner.
Le ministère devra donc établir une classification compréhensible des acteurs contrôlés. Les coopératives reconnues, les titulaires de droits miniers, les entités de traitement, les négociants et les comptoirs devraient savoir précisément si leurs documents ont été validés, s’ils doivent compléter leur dossier ou si leurs activités restent interdites.
La reprise doit aussi être coordonnée avec les services provinciaux des Mines, le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, le Centre d’évaluation, d’expertise et de certification ainsi que les services chargés du contrôle aux frontières. Sans cette coordination, la régularité constatée sur un site peut être annulée par l’absence de traçabilité lors du transport ou de l’exportation.
Faire de la suspension un véritable outil d’assainissement
L’objectif annoncé par le gouvernement était de réduire la fraude minière, de restaurer l’ordre public et d’empêcher que les revenus issus des minerais alimentent des réseaux criminels ou des projets de déstabilisation. Le Sud-Kivu produit principalement de l’or et des minerais dits 3T par l’intermédiaire de l’exploitation artisanale, ce qui rend le contrôle de la chaîne d’approvisionnement particulièrement complexe.
Le résultat de l’opération ne devrait donc pas être évalué uniquement à travers le nombre de sites fermés. Il devra également montrer si les exploitants ont été enregistrés, si les sites disposent d’un statut légal vérifiable, si les minerais peuvent être suivis jusqu’aux points de vente et si les services publics chargés du contrôle sont effectivement présents.
Une levée uniforme de la suspension, sans distinction entre les opérateurs régularisés et ceux qui demeurent en infraction, réduirait la portée de la mesure. À l’inverse, une prolongation sans communication claire pourrait pénaliser les activités légales, fragiliser les revenus locaux et encourager le déplacement de la production vers des circuits encore moins visibles.
L’échéance d’août doit ainsi être préparée par une décision fondée sur les résultats du contrôle. Le gouvernement peut autoriser progressivement les activités conformes, maintenir les restrictions sur les exploitations problématiques et fixer des mesures correctives assorties d’un suivi.
La suspension décrétée à Mwenga et Shabunda ne produira un effet durable que si elle débouche sur une cartographie fiable des opérateurs, des règles de reprise connues et une traçabilité applicable sur le terrain. Sans cette transition, les trois mois risquent de rester une interruption temporaire plutôt qu’un assainissement du secteur minier.
— Peter MOYI









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