La République démocratique du Congo présidera, le 22 juillet 2026, un débat de haut niveau du Conseil de sécurité consacré à la gouvernance des ressources naturelles. Kinshasa veut faire reconnaître que l’exploitation illicite, les circuits d’achat et les revenus tirés des minerais constituent des questions de paix et de sécurité internationale, au-delà de leur seule dimension commerciale.
Le Conseil de sécurité des Nations unies examinera mercredi les liens entre ressources naturelles, conflits armés et prospérité économique. Inscrite sous le thème de la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité, la réunion sera présidée par Félix Tshisekedi dans le cadre de la présidence congolaise du Conseil pour le mois de juillet.
Pour la RDC, ce débat doit déplacer l’attention internationale du seul lieu d’extraction vers l’ensemble de la chaîne économique. Les groupes armés qui contrôlent certains sites ne constituent qu’un maillon. Les minerais doivent ensuite être transportés, négociés, transformés, exportés et achetés avant d’intégrer les marchés mondiaux.
La démarche congolaise cherche ainsi à relier les violences observées dans les zones productrices aux revenus générés par les circuits illicites. Elle pose également la question de la responsabilité des négociants, des exportateurs, des raffineries, des entreprises utilisatrices et des États par lesquels transitent les minerais.
Kinshasa veut combler un vide dans les règles internationales
Le débat du 22 juillet prolonge une réunion organisée le 13 juillet selon la formule Arria. Ce format informel avait permis à la RDC de soumettre aux États membres la question des insuffisances du cadre international applicable aux ressources naturelles utilisées pour financer les conflits.
Lors de la présentation du programme de travail du Conseil, l’ambassadeur congolais Zénon Mukongo Ngay avait expliqué que les textes internationaux abordent la question des ressources naturelles dans plusieurs résolutions et régimes de sanctions, sans établir un cadre général consacré spécifiquement à leur gouvernance dans les situations de conflit. La RDC souhaite que les discussions puissent préparer, à terme, une réponse plus structurée du Conseil de sécurité.
Cette orientation ne signifie pas qu’une nouvelle résolution sera automatiquement adoptée à l’issue du débat. Une réunion ouverte permet aux membres du Conseil et aux autres États participants de présenter leurs positions, mais son résultat dépendra du niveau de convergence entre les délégations.
L’enjeu diplomatique consistera donc à déterminer si les membres permanents et élus du Conseil acceptent d’élargir leur lecture des conflits liés aux minerais. Une telle approche pourrait intégrer plus clairement la traçabilité des produits, la transparence des transactions, le contrôle des intermédiaires et l’utilisation des revenus issus des ressources naturelles.
Des obligations attendues au-delà des pays producteurs
La RDC soutient que les ressources présentes sur le territoire d’un État devraient contribuer au développement de sa population plutôt qu’au financement des groupes armés. Son argumentation vise notamment les situations où l’exploitation clandestine se poursuit grâce à l’existence de débouchés commerciaux extérieurs.
Dans cette perspective, la traçabilité ne devrait pas reposer uniquement sur les administrations des pays producteurs. Les acheteurs internationaux devraient également vérifier l’origine des minerais, les conditions de leur extraction et les acteurs ayant bénéficié des transactions.
Cette discussion concerne directement l’or, le coltan, l’étain, le tungstène et d’autres substances dont les circuits peuvent traverser plusieurs frontières avant leur exportation définitive. Une chaîne d’approvisionnement peut paraître régulière au moment de l’achat tout en ayant perdu, lors des étapes précédentes, les informations permettant d’identifier le site d’origine ou les bénéficiaires réels.
Le débat pourrait également renforcer la place de la gouvernance minière dans les mécanismes de prévention des conflits. Le Conseil de sécurité utilise déjà, dans plusieurs régimes de sanctions, des critères reliant l’exploitation des ressources naturelles au financement de groupes armés ou à l’insécurité. La proposition congolaise cherche à dépasser les réponses limitées à certains pays pour engager une discussion plus générale sur les comportements attendus des États et des acteurs économiques.
Pour Kinshasa, la réussite de cette séquence ne se mesurera pas seulement au nombre de déclarations prononcées le 22 juillet. Elle dépendra de la capacité à obtenir une reconnaissance politique du rôle joué par les circuits commerciaux dans la prolongation des conflits, puis à convertir cette reconnaissance en mécanismes de contrôle applicables.
La RDC devra également soutenir cette position par ses propres réformes. La formalisation de l’exploitation artisanale, la certification, le contrôle des comptoirs, la publication des données d’exportation et la lutte contre la corruption restent indispensables pour rendre crédible une demande de responsabilité accrue adressée aux partenaires internationaux.
Le débat place ainsi la gouvernance des minerais sur le terrain de la sécurité collective. Son résultat politique reste ouvert, mais la présidence congolaise tente d’établir un principe clair. Lorsqu’une ressource finance des violences, son extraction, son commerce et son achat ne peuvent plus être considérés comme de simples opérations marchandes.
— M. KOSI









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