Trois ans après sa mise sous administration provisoire, Afriland First Bank RDC affichait encore 50,4 millions USD de pertes et des fonds propres négatifs de 116,9 millions USD à fin 2025. Ces indicateurs montrent que le dispositif conduit sous la supervision de la Banque centrale du Congo n’a pas encore restauré la rentabilité et la solidité financière de l’établissement.
Le plan de redressement d’Afriland First Bank RDC n’a pas produit les résultats financiers attendus. À fin décembre 2025, la banque présentait une perte de 50,4 millions USD et des fonds propres négatifs de 116,9 millions USD, selon des données de la Banque centrale du Congo rapportées par plusieurs sources économiques. Une situation qui place toujours l’établissement très en dessous du capital réglementaire minimum de 50 millions USD imposé aux banques opérant en RDC depuis janvier 2025.
La BCC avait placé Afriland First Bank CD sous administration provisoire en juin 2022, retirant la gestion aux organes sociaux de la banque. Le comité désigné devait assurer les opérations courantes, servir d’intermédiaire avec les différentes parties prenantes et élaborer, dans un délai de 180 jours, un plan destiné à assainir l’établissement. Les objectifs portaient principalement sur le rétablissement de la solvabilité, la reprise d’une activité rentable et la protection des déposants. En février 2023, le Comité de stabilité financière avait estimé que la restructuration devait se poursuivre sous la conduite d’un commissaire à la résolution, conformément à la nouvelle législation bancaire.
Les résultats de 2025 montrent toutefois que ces deux conditions de viabilité n’étaient toujours pas réunies. Des fonds propres négatifs signifient que les pertes accumulées ont absorbé le capital disponible et dépassé la valeur comptable des ressources appartenant aux actionnaires. La banque ne dispose donc pas, sur la base de ces chiffres, du coussin nécessaire pour absorber de nouvelles pertes et soutenir normalement ses activités de crédit.
La BCC évaluait déjà en mars 2022 le besoin de recapitalisation d’Afriland RDC à environ 90 millions USD. Avec des fonds propres tombés à moins 116,9 millions USD à fin 2025, le besoin nécessaire pour revenir simplement à zéro serait supérieur à ce montant. Atteindre ensuite le seuil réglementaire de 50 millions USD exigerait théoriquement une injection dépassant 166 millions USD, avant prise en compte de nouvelles pertes, des ajustements comptables et des autres exigences prudentielles. Il s’agit d’un calcul indicatif de Lepoint.cd établi à partir des chiffres disponibles, et non d’un montant officiellement arrêté par la BCC.
Une résolution prolongée sans retour à l’équilibre
La mise sous administration provisoire a pu empêcher une détérioration plus rapide ou une cessation immédiate des activités. Elle n’a cependant pas suffi à restaurer durablement la banque. Le maintien d’un produit net bancaire déficitaire et l’accumulation des pertes suggèrent que l’activité courante ne générait pas assez de revenus pour couvrir les charges et reconstituer le capital.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart entre les objectifs du plan et les résultats obtenus. Une recapitalisation insuffisante, la dégradation du portefeuille de crédits, la baisse des dépôts, les coûts liés à la résolution et le conflit entre les anciens actionnaires et les autorités peuvent avoir limité les possibilités de redressement. Ces éléments doivent toutefois être distingués des responsabilités juridiques, qui restent contestées entre les parties.
La maison mère camerounaise conteste depuis 2022 les conditions de la prise de contrôle de sa filiale par la BCC. Afriland avait notamment engagé une procédure judiciaire en RDC et réclamé réparation pour les préjudices qu’elle estimait avoir subis. Ce contentieux complique la mobilisation de nouveaux capitaux et la recherche d’une solution consensuelle. La BCC continue néanmoins de classer Afriland First Bank CD parmi les banques agréées. Elle a également prolongé à plusieurs reprises le mandat du commissaire à la résolution, confirmant que la procédure n’était pas achevée.
Le rôle de la Banque centrale n’est pas de gérer durablement Afriland comme un actionnaire. Il consiste à superviser la résolution, préserver la stabilité du système bancaire et protéger autant que possible les déposants. Après plus de trois ans, les données de 2025 montrent que la banque n’a pas retrouvé une base financière viable. La prochaine décision devra préciser si la solution repose encore sur une recapitalisation, une reprise par un investisseur, un transfert d’actifs ou une autre mesure de résolution.
— M. KOSI








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