Le gouvernement veut porter à 300 milliards CDF la contribution du ministère de l’Environnement aux recettes du budget 2027, en s’appuyant notamment sur le crédit carbone. L’objectif donne pour la première fois une dimension budgétaire plus visible à la finance climatique, mais sa réalisation dépendra des volumes effectivement certifiés et vendus ainsi que des règles de partage des revenus.
Le ministère de l’Environnement, Développement durable et Économie du climat devra générer jusqu’à 300 milliards CDF de recettes en 2027, selon les orientations examinées le 18 août lors des arbitrages ouverts par le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito. Le crédit carbone figure parmi les mécanismes appelés à soutenir cette mobilisation, aux côtés d’autres recettes relevant du secteur. Le ministère du Budget veut parallèlement renforcer les contrôles et donner davantage de moyens aux services d’assiette pour dépasser leurs assignations.
Le chiffre doit cependant être interprété avec précision. Les 300 milliards CDF ne correspondent pas à une vente de crédits carbone déjà conclue, ni à un montant déjà sécurisé auprès d’acheteurs. Il s’agit d’un objectif de recettes retenu à ce stade de la préparation de l’avant-projet de loi de finances 2027. Les informations publiées indiquent également que le ministère doit mobiliser ces ressources grâce au carbone et à d’autres mécanismes du secteur environnemental. Présenter l’intégralité des 300 milliards CDF comme une recette carbone déjà acquise surestimerait donc le niveau actuel de mobilisation.
Le carbone dispose déjà d’un cadre de partage des revenus
La RDC possède néanmoins une première expérience de monétisation de réductions d’émissions. En juin 2025, la Banque mondiale a annoncé le versement de 19,47 millions USD au pays pour 3,89 millions de tonnes de CO₂ évitées grâce au programme forestier du Mai-Ndombe. Cette opération s’inscrit dans un accord susceptible d’atteindre 55 millions USD pour 11 millions de tonnes d’émissions réduites. La Banque mondiale indiquait également que 1,7 million de crédits carbone supplémentaires devaient être mis à la disposition du gouvernement pour une vente à des acheteurs privés.
Cette expérience montre à la fois le potentiel et la contrainte du modèle. Un crédit carbone représente généralement une tonne de CO₂ ou son équivalent réduite, évitée ou séquestrée, mais sa valeur financière n’est pas fixe. Elle dépend du mécanisme utilisé, de la qualité du crédit, de sa certification, du projet sous-jacent et de la demande. L’Accord de Paris encadre par ailleurs les transferts internationaux à travers son article 6, notamment pour éviter des problèmes de comptabilisation entre pays.
La totalité du produit d’une vente ne revient pas non plus automatiquement au budget central. L’arrêté interministériel du 15 septembre 2023 prévoit d’abord la déduction des charges contractuelles liées aux investissements REDD+, aux communautés et à l’administration du projet. La part revenant ensuite à l’État est elle-même répartie. 50 % vont au Trésor public, 25 % à la province et à l’entité territoriale décentralisée génératrices du crédit et 25 % au Fonds d’intervention pour l’environnement, dont une fraction destinée au FONAREDD.
Cette architecture rend la cible de 300 milliards CDF plus exigeante qu’une simple estimation de la valeur brute des crédits susceptibles d’être commercialisés. Pour qu’un montant soit effectivement enregistré parmi les recettes publiques, il faut distinguer le chiffre d’affaires généré par les crédits, les charges admissibles, la part revenant au porteur du projet, la quotité de l’État et, enfin, la fraction attribuée au Trésor.
Le budget 2027 met la finance climatique à l’épreuve des recettes réelles
Le choix du gouvernement intervient dans une stratégie plus large d’élargissement de l’assiette publique. Les arbitrages du 18 août ont également concerné les Mines, les Transports, le Portefeuille ainsi que les Postes et Télécommunications. Dans plusieurs secteurs, le ministère du Budget mise sur davantage de contrôles et sur un meilleur suivi des assujettis pour accroître les recettes disponibles.
Pour l’Environnement, la différence tient au caractère encore émergent de certaines ressources. Les recettes fiscales ou administratives traditionnelles peuvent être prévues à partir de séries historiques. Les revenus carbone dépendent davantage de la capacité à produire des réductions d’émissions mesurables, à les faire vérifier, à obtenir les autorisations nécessaires puis à trouver des acheteurs à des conditions suffisamment rémunératrices.
L’objectif de 300 milliards CDF donnera donc un indicateur concret pour juger, en 2027, si la RDC parvient à transformer son patrimoine forestier et ses mécanismes climatiques en recettes budgétaires mesurables. Le véritable test viendra du détail de la loi de finances et de son exécution, avec une distinction nécessaire entre recettes environnementales prévues, crédits carbone effectivement vendus et montants réellement versés au Trésor.
M. KOSI









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