Le gouvernement congolais a signé le 15 août 2026 un contrat de fourniture et d’achat d’engrais avec Burundi International Trading Company, Itracom. L’accord ouvre un nouveau canal régional d’approvisionnement au moment où le groupe développe une capacité industrielle pouvant atteindre 1 million de tonnes par an en Tanzanie, mais les quantités destinées à la RDC restent à déterminer.
La République démocratique du Congo cherche à renforcer l’offre d’engrais disponible pour ses producteurs en s’appuyant sur un fournisseur déjà implanté dans l’industrie régionale des fertilisants. Le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, a signé le 15 août à Kinshasa un contrat de fourniture et d’achat avec Burundi International Trading Company, selon un communiqué du ministère repris par l’Agence congolaise de presse. L’objectif déclaré est d’améliorer l’accès des agriculteurs aux intrants nécessaires à l’augmentation des rendements.
L’intérêt économique du contrat tient notamment au profil industriel du partenaire. Itracom est lié à la production d’engrais organo-minéraux sous la marque FOMI et dispose désormais d’une importante base de production en Afrique de l’Est. Son usine de Nala, à Dodoma en Tanzanie, inaugurée en juin 2025, affiche une capacité annoncée pouvant atteindre 1 million de tonnes d’engrais par an. Le fabricant présente cette unité comme destinée à desservir les marchés d’Afrique orientale, centrale et australe.
Une capacité régionale qui peut raccourcir la chaîne d’approvisionnement
Pour la RDC, l’existence d’une unité industrielle de cette taille dans la région peut offrir une alternative aux circuits d’approvisionnement plus longs, à condition que les coûts de transport, les formalités aux frontières et la distribution intérieure restent compétitifs. Le groupe produit différentes formulations organo-minérales destinées au maïs, au riz, aux légumes, aux cultures tubéreuses et à d’autres productions agricoles. Au Burundi, FOMI commercialise également des produits comme FOMI-Imbura, conçu notamment pour les sols tropicaux acides et pauvres en matière organique, ainsi que FOMI-Totahaza et FOMI-Bagara.
Le contrat conclu à Kinshasa ne permet cependant pas encore d’identifier quelle usine du groupe fournira effectivement le marché congolais. Le gouvernement n’a pas communiqué le tonnage commandé, la valeur financière de l’opération ni le calendrier des premières livraisons. Ces éléments seront nécessaires pour mesurer la taille réelle du programme par rapport aux besoins agricoles du pays et pour distinguer un accord d’approvisionnement ponctuel d’un mécanisme durable de fourniture.
Cette question est d’autant plus importante que le ministère de l’Agriculture défend parallèlement une stratégie de production locale d’engrais. À Mweka, le 12 août, le ministère expliquait vouloir installer plusieurs unités de fabrication en RDC afin de réduire la dépendance aux importations et de rapprocher les fertilisants des producteurs. L’accord avec Itracom apparaît donc, à ce stade, comme un instrument d’approvisionnement régional qui vient compléter cette ambition industrielle plutôt que s’y substituer.
Le prix payé par l’agriculteur sera le véritable indicateur
L’accès physique aux engrais ne garantit pas leur utilisation. Leur effet sur les rendements dépend également de leur prix à la ferme, des cultures ciblées, des caractéristiques des sols, des modalités de distribution et de la capacité financière des producteurs. La FAO identifie depuis longtemps l’irrégularité de l’approvisionnement en intrants, notamment en semences, engrais et crédit, parmi les contraintes qui limitent la productivité agricole en RDC.
Le gouvernement associe désormais les fertilisants à deux autres composantes de sa politique agricole, les semences améliorées et la mécanisation. Des équipements ont récemment été remis à des producteurs dans le Kasaï et le Nord-Kivu, tandis que Muhindo Nzangi défend une approche dans laquelle les engrais doivent être adaptés aux caractéristiques agronomiques des sols plutôt que distribués selon une formule uniforme.
Le contrat avec Itracom devra donc être évalué sur des résultats plus concrets que sa signature. Les premiers indicateurs seront les tonnes réellement livrées, leur prix de cession aux agriculteurs, les provinces desservies et les superficies effectivement fertilisées. C’est à partir de ces données qu’il sera possible de mesurer si le nouveau canal d’approvisionnement régional réduit réellement le coût des intrants et améliore les rendements agricoles en RDC.
J. KAKESA









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