Le développement de la filière de transformation locale du cobalt en RDC ne dépend pas d’un seul facteur. Il repose sur un ensemble de conditions, allant du financement à l’énergie, en passant par les infrastructures, les compétences et le cadre réglementaire. C’est le message porté par Eddy Kioni, CEO de Buenassa, lors d’un panel du DRC Investment Forum, vendredi 28 août à Kinshasa.
Alors que la République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial, la question de la transformation locale s’impose comme l’un des grands enjeux de la politique industrielle du pays. Mais entre les annonces d’investissement et la mise en service effective des unités industrielles, le chemin reste long.
Intervenant à distance, Eddy Kioni estime que le principal défi est de réunir les conditions nécessaires à l’émergence d’un véritable écosystème industriel.
« Le succès en termes d’implémentation et de développement d’un projet industriel tient à la qualité, pour ne pas dire à la présence, d’un écosystème », a-t-il déclaré.
Le patron de Buenassa refuse de réduire les difficultés de l’industrialisation à une seule contrainte. Capital, énergie, matière première, réglementation, ressources humaines et infrastructures doivent, selon lui, évoluer de manière coordonnée.
« Il n’y a pas vraiment de priorité qui permet un agencement séquentiel », a-t-il expliqué, estimant que les différents piliers doivent être mis en place « de manière parallèle » pour permettre aux projets industriels de se concrétiser.
Par ailleurs, l’accès à l’électricité et aux infrastructures de transport figure parmi les conditions incontournables. À cela s’ajoute la nécessité de disposer d’une main-d’œuvre qualifiée capable de porter des projets industriels complexes.
Mais le financement demeure également déterminant, particulièrement pour les entreprises congolaises qui doivent mobiliser d’importants capitaux face à des concurrents internationaux disposant de capacités financières plus importantes.
Buenassa, un projet à plus de 2 milliards USD
Au cours de son intervention, Eddy Kioni est également revenu sur le financement du projet Buenassa, dont la feuille de route prévoit un investissement de plus de 2 milliards de dollars.
Le projet bénéficie déjà d’un premier appui public congolais. Le Fonds de promotion de l’industrie (FPI) a injecté 3,5 millions de dollars pour la réalisation des études de cadrage.
À ce financement s’est ajoutée une subvention de 3,385 millions de dollars approuvée par l’USTDA, destinée à financer des études de faisabilité.
Eddy Kioni a également fait état de financements additionnels attendus de partenaires internationaux, notamment américains et sud-africains, afin de poursuivre les différentes étapes de développement du projet.
« Un projet du Congo, pour le Congo et par les Congolais »
Au-delà de la mobilisation des capitaux internationaux, le CEO de Buenassa veut progressivement renforcer la participation congolaise au financement du projet.
Il estime que les institutions nationales disposant de capacités financières pourraient, à différents stades, contribuer au capital de Buenassa. Il cite notamment le FPI et évoque une possible implication future du FOMIN et de la CNSS.
L’ambition affichée est de faire évoluer progressivement la structure du capital afin que les Congolais puissent devenir davantage acteurs des investissements liés à leurs ressources naturelles.
« Je considère que c’est un projet du Congo, pour le Congo et par les Congolais », a-t-il insisté.
Vers une participation directe des Congolais ?
Cette logique pourrait aller plus loin avec une ouverture du capital au public. Eddy Kioni évoque notamment la possibilité d’une introduction en bourse (IPO) lorsque la valorisation du projet sera suffisamment stabilisée.
Le développement annoncé d’une bourse de valeurs à Kinshasa pourrait, selon lui, offrir à terme un mécanisme permettant aux Congolais d’investir directement dans Buenassa.
L’objectif serait de reproduire, à l’échelle congolaise, des expériences observées dans d’autres pays africains, notamment au Nigeria et en Éthiopie, où des mécanismes d’investissement permettent au public de participer au financement de projets structurants.
En outre, Eddy Kioni estime que l’enjeu dépasse donc la seule production de cobalt. Il s’agit de transformer les ressources minières congolaises en capacités industrielles, en emplois et en valeur ajoutée locale.
Eddy Kioni appelle ainsi à maintenir un environnement réglementaire favorable, à accélérer les investissements dans l’énergie et les infrastructures et à renforcer les compétences locales.
Il y a lieu de noter que Buenassa est une entreprise privée congolaise spécialisée dans le négoce et la transformation locale de minerais critiques.
Eldad Bwetu









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