La République démocratique du Congo continue d’afficher une croissance supérieure à 5 %, portée depuis plusieurs années par l’expansion du cuivre et du cobalt. Mais cette progression ne se transforme pas encore suffisamment en amélioration du niveau de vie. Au DRC Investment Forum, l’ancien ministre des Mines Kizito Pakabomba a plaidé pour une économie plus diversifiée, une fiscalité moins concentrée sur les entreprises existantes et surtout un environnement réglementaire plus prévisible pour les investisseurs.
Intervenant vendredi 28 août à Kinshasa lors d’un panel consacré au rôle de la RDC dans la transition énergétique mondiale, Kizito Pakabomba a posé une question qui dépasse le secteur minier. Comment transformer la croissance tirée par les ressources naturelles en revenus, emplois et infrastructures bénéficiant davantage à la population ?
Le panel réunissait également Jean-Marie Kanda Ntumba, conseiller du Président de la République chargé des Mines, Yannick Sukakumu, président de l’AmCham RDC, et Kadija Sangho, directrice financière de Rawbank. DRC Invest présentait les discussions autour de la demande mondiale de cuivre, cobalt et lithium, du financement des investissements et de la stabilité du cadre réglementaire.
Kizito Pakabomba a situé le PIB congolais autour de 88 milliards USD. Les dernières données de la Banque mondiale placent pour leur part le PIB nominal de la RDC à 91,03 milliards USD en 2025, contre 70,96 milliards en 2024, tandis que la croissance réelle est estimée à 5,8 %.
Le FMI confirme une économie toujours dynamique. Il estime la croissance réelle à 5,7 % en 2025 et la projette à 5,6 % en 2026. Le secteur extractif reste plus rapide que le reste de l’économie, avec une croissance de 8,6 % en 2025, contre 4,7 % pour les activités non extractives. L’écart doit toutefois se réduire en 2026, avec 6,7 % attendus dans l’extractif et 5,2 % hors mines.
Des millions de tonnes de cuivre, mais une croissance encore peu inclusive
L’ampleur de la transformation minière congolaise est difficile à contester. À la fin des années 1990, la production nationale de cuivre était tombée autour de 30 000 à 40 000 tonnes par an. Les statistiques compilées par le FMI font état de 38 200 tonnes en 1998 et 31 200 tonnes en 1999.
Un quart de siècle plus tard, la RDC évolue dans une autre dimension. La CTCPM comptabilise déjà 2,286 millions de tonnes de cuivre contenu produites au seul premier semestre 2026.
Le cobalt suit la même logique d’expansion. Les dernières statistiques provisoires de la CTCPM recensent 92 185 tonnes de cobalt contenu produites au premier semestre 2026. Le chiffre de 130 000 tonnes évoqué pendant le panel doit donc être lu comme un ordre de grandeur avancé par l’intervenant plutôt que comme la dernière statistique annuelle disponible.
Cette croissance minière ne suffit pourtant pas à résumer la situation économique du pays. La Banque mondiale estime que 81,1 % de la population vivait encore sous le seuil international de 3 dollars par jour en 2025. Elle souligne également que le secteur minier crée relativement peu d’emplois au regard de son poids économique et entretient encore des liens limités avec une grande partie de l’économie domestique.
La déclaration de Kizito Pakabomba sur une détérioration du PIB par habitant mérite toutefois une nuance statistique. Les données récentes de la Banque mondiale montrent au contraire une progression du PIB nominal par habitant, de 649,4 USD en 2024 à 806,8 USD en 2025.
Le problème se situe donc moins dans une baisse récente de cet indicateur que dans sa faiblesse absolue et dans la transmission encore limitée de la croissance aux ménages. La Banque mondiale relève elle-même que l’expansion économique de la RDC a produit peu de réduction de la pauvreté et peu de créations d’emplois à grande échelle.
Pour Kizito Pakabomba, la réponse ne devrait pas consister uniquement à augmenter la pression fiscale sur les entreprises déjà présentes. Il plaide plutôt pour la création de nouvelles industries capables d’élargir la base taxable, de générer des emplois et de fournir davantage de recettes à l’État.
Ces nouvelles ressources pourraient ensuite financer l’électricité, les routes, les infrastructures logistiques et les services nécessaires au développement d’activités non minières.
Pour les investisseurs, la stabilité des règles compte autant que leur niveau
L’ancien ministre a également insisté sur un autre facteur susceptible de freiner cette diversification, la prévisibilité du cadre des affaires.
Son raisonnement est simple. Un investisseur peut intégrer dans ses calculs un niveau d’impôt élevé s’il le connaît au moment de prendre sa décision. Il lui est beaucoup plus difficile de chiffrer le risque lorsque les règles changent en cours de projet ou lorsque des mesures administratives imprévues peuvent interrompre ses opérations.
« Le vrai problème survient lorsqu’il n’y a pas de prévisibilité, lorsque les règles changent », a-t-il expliqué, tout en reconnaissant les efforts récents du Gouvernement pour réduire certaines pratiques affectant les entreprises.
Ce diagnostic rejoint les recommandations du FMI. Dans sa consultation de 2026, l’institution appelle la RDC à renforcer le climat des affaires, la gouvernance et la diversification des exportations afin de rendre la croissance plus durable et inclusive.
Le défi posé au pays est désormais plus large que l’augmentation de la production minière. La RDC dispose déjà d’un secteur extractif capable de produire des volumes qui auraient été inimaginables à la fin des années 1990. L’étape suivante consiste à multiplier les activités économiques autour de cette richesse, à accroître les emplois et les revenus qu’elle entraîne et à transformer davantage de croissance du PIB en amélioration visible du niveau de vie.
Noella NGOLA









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