La crise de la Minière de Bakwanga change de dimension. Après le départ de son directeur général André Kabanda Kana sur fond de conflit avec le conseil d’administration, le président de ce dernier, Jean-Charles Okoto Lolakombe, veut désormais rompre avec Asa Resource Group, détenteur déclaré de 20 % du capital. Cette nouvelle tension intervient alors que les travailleurs réclament huit mois de salaires et que les 50 millions USD annoncés pour relancer la société restent au centre d’un processus de recapitalisation contesté.
Africa Intelligence rapporte ce 31 août que le désaccord entre André Kabanda Kana et le conseil d’administration a finalement entraîné le départ du directeur général. Dès juillet, une majorité d’administrateurs avait demandé sa révocation au président Félix Tshisekedi, en évoquant notamment des divergences sur la relance et des dépenses de près de 2 millions USD réalisées, selon le conseil, sans les autorisations requises. Ces griefs restent ceux formulés par le conseil d’administration.
Le conflit se déplace maintenant vers l’actionnariat. Jean-Charles Okoto souhaite, selon Africa Intelligence, mettre fin à la relation avec Asa Resource Group, qu’il qualifie d’« entreprise fantôme ». Cette appréciation appartient au président du conseil et ne peut être présentée comme un fait établi. Asa continue d’ailleurs à inscrire officiellement la MIBA parmi ses actifs, avec une participation de 20 %, tout en précisant que la relation avec la société congolaise est « à l’étude ». L’État détient les 80 % restants.
Les 50 millions USD sont désormais pris dans la bataille du capital
Le dossier financier explique une partie des tensions. En août 2024, le Gouvernement avait adopté un plan minimum de relance de la MIBA évalué à 70 millions USD, couvrant notamment les investissements productifs, les charges du personnel, la sécurisation des concessions et la certification des réserves. Le même Conseil des ministres avait déjà demandé qu’une assemblée générale statue sur l’actionnariat, avec la possibilité d’une augmentation de la participation de l’État et d’une dilution de l’actionnaire minoritaire.
Quatre mois plus tard, Félix Tshisekedi annonçait 50 millions USD pour la relance. En mai 2026, Jean-Charles Okoto affirmait que cette enveloppe était disponible, mais que son utilisation devait attendre un audit général, un inventaire du patrimoine et la validation du plan de relance.
La solution retenue a ensuite pris la forme d’une recapitalisation. L’État devait apporter environ 50 millions USD, tandis qu’Asa était appelé à mobiliser près de 12 millions USD pour préserver ses 20 %. Le délai de souscription expirait le 27 août. Asa a contesté la procédure, affirmant que l’audit, l’inventaire du patrimoine et les améliorations de gouvernance convenus entre les actionnaires n’avaient pas été réalisés au préalable.
À ce stade, aucune source solide consultée ne permet d’établir qu’Asa a effectivement versé les fonds réclamés avant l’expiration du délai. La question devrait revenir devant le conseil d’administration début septembre. Le départ du DG et la volonté affichée de rompre avec l’actionnaire minoritaire rendent donc encore plus incertain le schéma retenu pour financer la relance.
Huit mois sans salaire pendant que la relance se négocie
Pour les travailleurs, la crise se mesure plus directement. Le 14 août, des agents ont bloqué l’accès au polygone minier de Mbuji-Mayi pour réclamer huit mois de salaires impayés depuis janvier 2026. Certains évoquent également un passif de plus de 200 mois accumulé au cours des années précédentes et demandent des explications sur les 50 millions USD promis à l’entreprise.
La situation contraste avec les ambitions du plan de relance. En 2024, la MIBA projetait une production annuelle de 2,44 millions de carats à partir de 2026, pour près de 59 millions USD de chiffre d’affaires. Le redémarrage industriel devait notamment permettre à cette entreprise historique du Kasaï-Oriental de retrouver une activité régulière.
La priorité immédiate apparaît aujourd’hui différente. Avant de mesurer combien de carats la MIBA peut produire, il faut savoir qui la dirigera, quelle sera sa structure actionnariale et dans quelles conditions les fonds de relance pourront réellement être utilisés.
Rédaction









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