L’Entreprise Générale du Cobalt affirme avoir expédié 3 995 tonnes de cobalt contenu en 2026 et utilisé l’intégralité des quotas arrivés à échéance jusqu’ici. Après avoir organisé l’achat du cobalt artisanal, sécurisé ses premières exportations et testé le corridor de Lobito, la filiale de Gécamines veut désormais se rapprocher directement des fabricants de batteries et des constructeurs automobiles. L’objectif commercial devient plus ambitieux : ne plus seulement fournir des traders, mais construire une relation avec les utilisateurs finaux du cobalt congolais.
Cette évolution a été révélée le 28 août par Reuters. Daniel Saka Mbumba, conseiller principal de l’Entreprise Générale du Cobalt, EGC, indique que l’entreprise a exporté 3 995 tonnes de cobalt contenu depuis le début de l’année, ainsi qu’environ 1 400 tonnes de cuivre. Selon lui, EGC a utilisé 100 % des allocations d’exportation dont elle disposait, alors que d’autres producteurs ont rencontré des difficultés pour exécuter leurs quotas dans les délais imposés par le nouveau régime congolais.
La précision est importante. Les 3 995 tonnes ne représentent pas la totalité du plafond annuel théorique d’EGC pour 2026. La décision de l’ARECOMS avait accordé à l’entreprise 1 175 tonnes pour le quatrième trimestre 2025, soit 235 tonnes en octobre puis 470 tonnes en novembre et décembre. La quantité mensuelle de décembre, 470 tonnes, devait ensuite être reconduite en 2026. Six mois à ce rythme donnent 2 820 tonnes. Ajoutées aux 1 175 tonnes du quatrième trimestre 2025, exceptionnellement prolongées en 2026, elles donnent exactement 3 995 tonnes.
L’EGC ne doit donc pas être présentée comme ayant déjà consommé son quota de toute l’année 2026. Elle a, selon Reuters, pleinement exécuté les allocations disponibles sur les périodes concernées. Cette performance est néanmoins significative dans un système où l’ARECOMS a averti que les volumes non utilisés seraient retirés puis réaffectés au quota stratégique.
Après Trafigura, Mercuria et Traxys, EGC regarde vers les utilisateurs finaux
La véritable nouveauté se situe dans la commercialisation. EGC vend actuellement son cobalt par l’intermédiaire de Trafigura, Mercuria et Traxys. Elle souhaite maintenant discuter plus directement avec les utilisateurs finaux afin de comprendre leurs exigences d’approvisionnement et, à terme, d’envisager des ventes directes. Reuters cite particulièrement les fabricants de batteries pour véhicules électriques et les constructeurs automobiles.
Ce mouvement change la question économique posée par le cobalt artisanal. Jusqu’ici, l’enjeu prioritaire était de rendre une production dispersée suffisamment formelle, traçable et documentée pour entrer dans les chaînes d’approvisionnement internationales. L’EGC, créée en 2019 et détenue par Gécamines, dispose du mandat étatique pour acheter, traiter et commercialiser le cobalt provenant de l’exploitation artisanale.
L’entreprise indique aujourd’hui travailler avec cinq coopératives et préparer 12 partenariats supplémentaires. Elle envisage aussi d’appliquer son modèle de formalisation au coltan, autre substance minérale stratégique congolaise.
Passer d’une relation dominée par les négociants à des contrats plus proches des fabricants pourrait donner à EGC une meilleure visibilité sur la demande, les spécifications techniques, les exigences de traçabilité et les prix acceptés par les clients industriels. Cela pourrait également renforcer sa capacité de négociation.
Mais une vente directe ne signifie pas automatiquement que toute la marge actuellement associée aux traders reviendrait à EGC ou à la RDC. Les négociants assurent aussi des fonctions de financement, transport, gestion des risques, commercialisation, stockage et sécurisation des débouchés. Supprimer ou réduire leur rôle suppose donc qu’EGC puisse assumer une partie de ces fonctions ou les acheter séparément.
La stratégie actuellement la plus avancée montre d’ailleurs que les deux modèles peuvent coexister. Le protocole signé en mai avec EVelution Energy et Trafigura prévoit que l’EGC fournisse du cobalt congolais, que Trafigura assure des services de logistique et de commercialisation et qu’EVelution transforme le produit en Arizona en sulfate de cobalt de qualité batterie ou en cobalt métallique. Le dispositif pourrait, sous réserve d’accords définitifs, alimenter jusqu’à environ 40 % de la demande américaine projetée en cobalt.
Lobito apporte désormais des tonnes, pas seulement un temps de transit
Reuters apporte également des données nouvelles sur la première cargaison d’EGC passée par le corridor de Lobito. Elle comprenait 587 tonnes de cobalt et 500 tonnes de cathodes de cuivre acheminées via l’Angola. Daniel Saka Mbumba situe le transit à environ cinq jours, contre 28 jours par Dar es Salaam et plus de 30 jours par Durban.
Pour EGC, la combinaison devient plus lisible. L’entreprise cherche à formaliser davantage de production artisanale, dispose d’un quota permettant sa mise sur le marché, diversifie ses routes d’exportation et veut maintenant mieux identifier l’acheteur final.
C’est cette dernière étape qui peut modifier la valeur captée commercialement par la partie congolaise. Le prochain indicateur ne sera donc plus seulement le nombre de tonnes exportées, mais la nature des contrats conclus par EGC avec les fabricants, les formules de prix retenues et la part des fonctions commerciales qu’elle sera capable d’assumer elle-même.
Peter MOYI









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