Trois jours après la signature de la concession Dilolo-Sakania, Mota-Engil a apporté de nouvelles données financières sur le tronçon congolais du Corridor de Lobito. Le groupe chiffre désormais l’investissement à environ 1,8 milliard USD et la ligne à 1 037 kilomètres, alors que les documents officiels congolais retiennent 1,258 milliard USD et 1 004,5 kilomètres. L’écart atteint 542 millions USD sur l’investissement annoncé et mérite d’être suivi avant le bouclage financier définitif.
Le contrat signé le 26 août entre la République démocratique du Congo et Mota-Engil Africa avait déjà été traité par Lepoint.cd. La nouvelle information vient cette fois de la communication financière du concessionnaire portugais aux investisseurs.
Mota-Engil indique que sa filiale africaine exploitera pendant 30 ans le chemin de fer reliant Dilolo, à la frontière angolaise, à Sakania, à la frontière zambienne. Le groupe évalue la section à environ 1 037 kilomètres et prévoit un investissement total de près de 1,8 milliard USD pendant la concession. Le dispositif couvre l’exploitation, la gestion, la modernisation, la réhabilitation et la maintenance de l’infrastructure destinée au transport des marchandises, minerais, liquides et gaz.
Ces données diffèrent de celles présentées par Kinshasa lors de l’approbation puis de la signature du projet. Le gouvernement retient une ligne de 1 004,5 kilomètres traversant notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, avec un investissement indicatif de 1,258 milliard USD. Le projet vise à porter progressivement sa capacité de transport à environ 13,7 millions de tonnes par an.
542 millions USD d’écart entre les deux évaluations
Entre 1,258 et 1,8 milliard USD, la différence atteint 542 millions USD, soit environ 43 % du montant initial, selon un calcul de Lepoint.cd.
Il serait toutefois prématuré de conclure à un simple renchérissement de 43 % du même programme de travaux. Les deux chiffres ne sont pas encore accompagnés de documents publics suffisamment détaillés permettant de confirmer qu’ils recouvrent exactement le même périmètre technique et financier.
La communication de Mota-Engil apporte néanmoins un élément nouveau. Lors de la présentation de ses résultats semestriels, son président-directeur général Carlos Mota Santos a indiqué que les travaux de réhabilitation et de construction de nouvelles sections seraient réalisés pendant les sept premières années de la concession. Il a ajouté que les 1,8 milliard annoncés concernent la réhabilitation et les nouvelles infrastructures, sans inclure la valeur de la maintenance opérationnelle sur l’ensemble des trente ans.
Cette précision renforce l’intérêt de comprendre l’écart de longueur. La différence entre les deux références atteint 32,5 kilomètres, soit 3,2 %. Mota-Engil évoque explicitement la construction de nouvelles sections, mais les informations publiques disponibles ne permettent pas encore d’établir que ces nouveaux ouvrages expliquent à eux seuls le passage de 1 004,5 à environ 1 037 kilomètres.
Le chiffre de 13,7 millions de tonnes par an doit également rester présenté comme une capacité cible. Il ne correspond pas au trafic disponible aujourd’hui. La montée en charge dépendra du calendrier des travaux, du matériel roulant, des interfaces avec la SNCC, des opérations frontalières et de la capacité de la partie angolaise à absorber les flux supplémentaires.
Le financement américain reste le chiffre à surveiller
Le changement d’enveloppe modifie aussi la lecture du financement potentiel américain. En décembre 2025, la U.S. International Development Finance Corporation, DFC, avait signé une lettre d’intérêt avec Mota-Engil pour le tronçon Dilolo-Sakania. Son communiqué précisait que le projet pourrait solliciter jusqu’à 1 milliard USD après examen complet. Il ne s’agissait donc pas encore d’un prêt définitivement approuvé.
Rapporté à la nouvelle enveloppe de 1,8 milliard USD, ce milliard représenterait au maximum 55,6 % de l’investissement, contre près de 79,5 % lorsqu’il était comparé au montant gouvernemental de 1,258 milliard. Cette comparaison reste théorique tant que le montant définitif du financement de la DFC n’est pas publié.
Mota-Engil a néanmoins livré une indication supplémentaire aux analystes. Carlos Mota Santos a déclaré que la structure financière était déjà définie avec la DFC et que l’apport en fonds propres devrait représenter environ 25 % de l’investissement, déployé parallèlement au financement durant les sept premières années.
Cette déclaration de l’entreprise devra maintenant être rapprochée d’une annonce officielle du bailleur américain. La dernière communication publique de la DFC retrouvée par Lepoint.cd sur Dilolo-Sakania reste celle d’une lettre d’intérêt conditionnelle pouvant aller jusqu’à 1 milliard USD.
À titre de comparaison, le financement de la ligne angolaise est, lui, déjà bouclé. Lobito Atlantic Railway a sécurisé 753 millions USD, dont 553 millions auprès de la DFC et 200 millions de la Development Bank of Southern Africa, pour moderniser environ 1 300 kilomètres entre le port de Lobito et Luau.
Pour la RDC, la signature du 26 août fixe désormais l’opérateur et la durée de la concession. La prochaine information déterminante sera financière et technique. Il faudra connaître le coût définitif retenu entre les différentes références actuellement publiées, le montant réellement engagé par les bailleurs, le programme des sept premières années et les premières portions de voie effectivement mises en chantier.
Noella NGOLA









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