Le débat américain sur les minerais critiques ne porte plus uniquement sur l’accès aux mines. Dans ses conclusions publiées le 4 septembre, le House Ways and Means Committee estime que les nouveaux corridors commerciaux et les partenariats renforcés en Afrique peuvent contribuer à construire des chaînes d’approvisionnement moins dépendantes de la Chine et de la Russie. Pour la RDC, cette orientation rejoint directement le Corridor de Lobito, déjà soutenu par Washington et dont la composante congolaise Dilolo–Sakania vient d’entrer dans un cadre de concession évalué à près de 1,25 milliard USD.
L’audition organisée le 2 septembre à Washington était consacrée aux « partenariats stratégiques pour sécuriser les ressources critiques et les chaînes d’approvisionnement ». Deux jours plus tard, le comité de la Chambre des représentants a résumé sa position en affirmant que les États-Unis doivent renforcer leurs relations commerciales et que les corridors émergents, associés à des partenariats plus solides en Afrique et en Asie centrale, peuvent contribuer à sécuriser les approvisionnements. Le président du comité, Jason Smith, a rappelé que la Chine est le premier producteur mondial de 30 des 60 minerais considérés comme critiques par Washington et contrôle autour de 90 % des capacités mondiales de transformation des terres rares. Il présente désormais l’Afrique comme l’un des espaces dans lesquels les États-Unis doivent approfondir leurs relations économiques pour construire des chaînes plus résilientes.
Cette discussion intervient au moment où le Congrès replace également le commerce africain dans cette stratégie. L’AGOA vient d’être prolongé jusqu’en 2028 et le même comité affirme que l’Afrique concentre environ 30 % des ressources mondiales en minerais critiques. La logique américaine commence ainsi à relier trois instruments qui étaient auparavant souvent présentés séparément : accords commerciaux, financement d’infrastructures et sécurisation des ressources minières. Le Corridor de Lobito devient, dans ce dispositif, l’exemple africain le plus avancé d’une infrastructure soutenue par des capitaux publics américains pour connecter des bassins miniers aux marchés internationaux.
Du port de Lobito aux mines congolaises, Washington finance désormais toute une chaîne
La DFC a déjà engagé 553 millions USD pour réhabiliter environ 1 300 kilomètres de chemin de fer entre le port de Lobito et Luau, à la frontière congolaise, ainsi que les installations portuaires associées. L’agence américaine estime que cette modernisation doit faire passer la capacité du chemin de fer de 0,4 à 4,6 millions de tonnes par an, tout en réduisant jusqu’à 30 % le coût moyen du transport et de 29 jours le temps nécessaire pour acheminer certaines cargaisons vers les marchés mondiaux. Plus significatif encore, la DFC décrit elle-même cet investissement comme un moyen de diversifier les chaînes d’approvisionnement face aux corridors contrôlés ou influencés par des acteurs chinois.
La composante congolaise est désormais beaucoup plus concrète. Le 26 août, la RDC et Mota-Engil Africa ont signé un contrat de concession portant sur la ligne Dilolo–Sakania, qui traverse notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi. L’investissement indicatif est évalué à près de 1,25 milliard USD pour la réhabilitation, la modernisation, l’exploitation et la maintenance du rail pendant une concession de 30 ans. Le concessionnaire supportera le risque lié au trafic et le montage est prévu sans garantie souveraine, sans subvention d’exploitation et sans garantie publique de revenu minimum. Parallèlement, la DFC avait déjà émis une lettre d’intérêt permettant au projet de solliciter jusqu’à 1 milliard USD de financement, sous réserve de son examen complet. En additionnant ce plafond potentiel aux 553 millions USD déjà engagés sur la partie angolaise, l’exposition financière américaine autour de l’axe pourrait dépasser 1,5 milliard USD, d’après le calcul de notre rédaction, si le financement congolais atteint le montant envisagé.
Ce rapprochement change la lecture du Corridor de Lobito. Il ne s’agit plus seulement d’une voie ferroviaire permettant au cuivre et au cobalt du Katanga de rejoindre l’Atlantique. Washington l’insère progressivement dans une architecture comprenant également les investissements miniers et la commercialisation des minerais. La DFC a notamment exprimé son intérêt pour une participation dans la coentreprise entre Gécamines et Mercuria, destinée à commercialiser du cuivre, du cobalt et d’autres minerais critiques vers les États-Unis et leurs partenaires. L’agence américaine indique que cette structure a déjà commencé à expédier environ 100 000 tonnes de cuivre destinées aux États-Unis. Le rail et l’accès aux minerais apparaissent ainsi de plus en plus comme deux composantes d’une même politique de sécurisation des approvisionnements.
Pour la RDC, l’enjeu est de faire de Lobito autre chose qu’un axe d’évacuation
Le débat tenu au Congrès apporte toutefois une nuance importante pour Kinshasa. Gracelin Baskaran, directrice du Critical Minerals Security Program au CSIS, a expliqué devant les élus américains que les États-Unis ne peuvent pas uniquement sécuriser l’extraction des minerais. Elle recommande de développer des chaînes allant de la mine jusqu’aux produits manufacturés et de soutenir des hubs de transformation hors des États-Unis, notamment en Afrique. Elle souligne cependant que le manque d’électricité reste l’un des principaux obstacles à la métallurgie africaine.
Cette approche rejoint la position défendue par Félix Tshisekedi lors de la signature du contrat Dilolo–Sakania. Le Président congolais veut faire de Lobito un corridor de production, de transformation et de création de valeur, et pas uniquement un système destiné à évacuer les matières premières. La RDC et l’Angola travaillent aussi à harmoniser les opérations ferroviaires, les tarifs, les procédures douanières, la maintenance et le partage des données entre Sakania, Lubumbashi, Kolwezi, Dilolo, Luau et le port de Lobito.
C’est là que le débat de Washington devient directement économique pour la RDC. Si les corridors deviennent un instrument de la politique industrielle américaine face à la Chine, Kinshasa dispose d’un levier pour négocier non seulement du rail et des débouchés pour ses minerais, mais aussi électricité, transformation métallurgique, plateformes logistiques et investissements industriels autour de l’axe. Lobito est déjà en train de devenir une infrastructure de sécurité d’approvisionnement pour les États-Unis. Pour la RDC, le véritable résultat se mesurera à la quantité de valeur économique qui restera dans les villes et les zones industrielles traversées par ce corridor.
M. KOSI









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