Dans une économie congolaise fortement dollarisée, le prix du dollar demeure le canal monétaire qui atteint le plus rapidement les prix payés par les ménages. Une étude du FMI publiée le 8 septembre montre qu’à douze mois, les chocs de change expliquent 41,2 % de la variance non anticipée de l’inflation, contre seulement 0,5 % pour les chocs de taux directeur et 0,4 % pour ceux de la masse monétaire. Le résultat permet de comprendre pourquoi la stabilité du franc reste déterminante pour l’alimentation, le logement et le transport, même lorsque la BCC modifie fortement ses taux.
Le rapport Selected Issues consacré à la RDC a été rendu public par le FMI le 8 septembre, sur la base d’informations disponibles au 12 juin 2026. Les économistes Laila Drissi Bourhanbour et Rafael Barbosa y examinent plus de vingt années de données, principalement issues de la Banque centrale du Congo. Leur conclusion centrale est nette. À long comme à court terme, le taux de change apparaît comme le déterminant nominal le plus puissant de l’évolution des prix, tandis que les agrégats monétaires jouent un rôle secondaire et que la transmission directe du taux directeur reste faible. Cette configuration est étroitement liée à la dollarisation, à la faible profondeur des marchés financiers en francs congolais et au poids des importations dans la consommation nationale.
Sur vingt ans de données, le change domine M2
Pour mesurer la relation de long terme, le FMI utilise environ 264 observations mensuelles entre janvier 2004 et décembre 2025. Après avoir testé la stationnarité des séries et intégré les ruptures structurelles, les économistes appliquent un modèle ARDL avec mécanisme de correction d’erreur. La relation entre prix et taux de change obtient une statistique F de 12,713, supérieure à celle de M2 corrigée des effets de valorisation, à 9,865, et de M2 brute, à 7,033. Le modèle prix-change présente également le meilleur pouvoir explicatif avec un R² de 0,614, contre 0,484 pour M2 ajustée et 0,398 pour M2. Le retour vers l’équilibre est lui aussi plus rapide, avec une demi-vie estimée autour de 15 mois, contre plus de 17 mois pour les deux mesures de la masse monétaire.
Cette hiérarchie prend une dimension très concrète lorsqu’elle est rapprochée du panier de consommation. L’alimentation et les boissons non alcoolisées représentent 54 % de l’indice des prix, le logement, l’eau, le gaz et l’électricité 11,8 %, et le transport 7,8 %. Ces trois postes concentrent donc 73,6 % du panier, d’après le calcul de notre rédaction. Le FMI estime en outre que les importations correspondent à près de 50 % du PIB et à plus de 40 % du panier de consommation, tandis que l’inflation des produits locaux et celle des produits importés affichent une corrélation de 69,3 % entre 2013 et 2025. Une variation du dollar peut ainsi se transmettre aux intrants, au fret, aux carburants et aux prix commerciaux avant de toucher des catégories de biens pourtant produites localement.
Une dépréciation de 2,8 % peut ajouter près de 2 % aux prix en six mois
Le deuxième modèle utilisé par le FMI, un SVAR estimé sur des données mensuelles allant d’avril 2009 à septembre 2025, mesure la propagation des chocs. Une dépréciation initiale d’environ 1,6 % provoque presque 1 % d’augmentation cumulée des prix durant les deux premières périodes. Après six mois, une dépréciation cumulée proche de 2,8 % est associée à une hausse de presque 2 % de l’indice des prix. La décomposition de variance est encore plus révélatrice. Les chocs de change expliquent 37,2 % de la variance non anticipée de l’inflation après trois mois, 41,1 % après six mois et 41,2 % après un an. Aux mêmes horizons, les chocs du taux directeur n’en représentent respectivement que 0,3 %, 0,5 % et 0,5 %. Pour M2, la contribution passe de 3,4 % à trois mois à seulement 0,4 % à six et douze mois.
Cela ne signifie pas que le taux directeur est inutile. Le FMI insiste au contraire sur son rôle dans la crédibilité de la politique monétaire, la gestion de la liquidité et surtout l’ancrage des anticipations de change. Mais il agit avec davantage de délais et moins de puissance directement observable sur les prix. Les données récentes de la BCC illustrent cette différence. Le taux directeur a été ramené à 12,50 % en juillet, alors que le taux débiteur moyen sur les crédits en francs congolais atteignait encore 21,01 % en juin. En août, M2 ressortait à 51 794,5 milliards CDF et le crédit au secteur privé à 29 378,8 milliards CDF. Surtout, les dépôts en monnaies étrangères représentaient environ 88,5 % des dépôts bancaires en juillet, avec 41,234 milliards USD sur un total de 46,583 milliards, d’après le calcul de notre rédaction.
L’épisode de 2025 apporte une démonstration supplémentaire. Entre fin août et fin octobre, le franc s’était apprécié de 21 % sur le marché officiel et de 22 % sur le parallèle. L’inflation hebdomadaire avait ensuite reculé de 0,9 % fin septembre à -3,5 % fin octobre, avec de fortes corrections sur l’alimentation, le logement et la santé. Le FMI estime toutefois à seulement 15 % la transmission de cette appréciation aux prix, ce qui confirme une asymétrie connue dans les économies dollarisées où les prix peuvent réagir plus vivement à une dépréciation qu’à une appréciation.
Pour la BCC, la recommandation du FMI est donc moins de fixer le franc que de faire du marché des changes un indicateur central et précoce du risque inflationniste, tout en approfondissant le marché interbancaire en devises, en renforçant les réserves et en poursuivant progressivement la dédollarisation. Pour les ménages, la conclusion est encore plus directe. Dans la structure actuelle de l’économie congolaise, une politique monétaire crédible protège le pouvoir d’achat en grande partie lorsqu’elle réussit à empêcher qu’un choc de liquidité ou de confiance se transforme en pression durable sur le franc.
M. MASAMUNA









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