La Banque Centrale du Congo a adhéré, le 18 septembre 2026 à Nairobi, au mécanisme de l’EAC sur la convertibilité et le rapatriement des monnaies nationales. Pour les entreprises congolaises commerçant avec l’Afrique de l’Est, le dispositif vise à réduire le recours systématique au dollar dans certains règlements transfrontaliers et à faciliter l’échange des monnaies de la région. Son effet dépendra toutefois de sa mise en œuvre par les banques et les infrastructures de paiement.
La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans son intégration financière à la Communauté d’Afrique de l’Est. Le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki, a signé le 18 septembre à Nairobi le mémorandum d’entente liant les banques centrales de l’EAC sur la convertibilité et le rapatriement des monnaies.
Selon la BCC, l’adhésion congolaise doit faciliter les échanges, réduire les coûts et délais des transactions transfrontalières, améliorer la traçabilité des flux et renforcer la coopération entre banques centrales. L’institution cite notamment le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Burundi et le Soudan du Sud parmi les pays participant au dispositif.
Le mécanisme n’est toutefois pas nouveau dans l’EAC. Les banques centrales de la région avaient conclu dès mai 2014 un mémorandum sur la convertibilité et le rapatriement des monnaies. Un addendum signé en mars 2023 a ensuite intégré des exigences relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La Banque de la République du Burundi indiquait alors que ce cadre devait permettre les paiements transfrontaliers utilisant les monnaies respectives des États participants.
Concrètement, la convertibilité recherchée consiste à permettre qu’une monnaie d’un État partenaire puisse être acceptée et échangée contre celle d’un autre État membre. Les banques centrales doivent également disposer de mécanismes permettant de rapatrier les excédents de monnaies accumulés dans les autres pays. Des travaux techniques conduits auparavant dans l’EAC prévoyaient notamment l’ouverture de comptes opérationnels entre banques centrales afin de faciliter ce retour des devises nationales vers leur pays d’émission.
Réduire le passage systématique par le dollar
L’intérêt économique pour la RDC se situe notamment dans les échanges avec les économies d’Afrique de l’Est. Dans de nombreuses transactions régionales, un opérateur doit encore convertir sa monnaie nationale en dollar avant d’effectuer une nouvelle conversion dans la monnaie du pays partenaire. Cette succession de changes ajoute des commissions, des écarts entre cours acheteur et vendeur ainsi que des délais.
La stratégie de développement 2026-2031 de l’EAC identifie précisément cette difficulté. Elle prévoit un mécanisme transitoire de convertibilité des monnaies nationales destiné à réduire les coûts des opérations transfrontalières, en particulier pour les petits commerçants, en attendant une intégration monétaire plus avancée. L’organisation fixe l’objectif d’une mise en œuvre du mémorandum d’ici 2027-2028, d’une intégration accrue des marchés financiers d’ici 2028-2029 et d’un système régional de paiement interopérable à l’horizon 2030-2031.
L’enjeu commercial est déjà significatif pour Kinshasa. Selon le rapport 2024 de l’EAC sur le commerce et l’investissement, les exportations congolaises vers les autres membres de la communauté ont atteint 1,724 milliard USD en 2024, contre 1,252 milliard en 2023, soit une progression de 37,6 %. Faciliter le règlement de ces échanges dans les monnaies nationales pourrait donc réduire une partie des frictions financières, à condition que les banques commerciales, bureaux de change et systèmes de paiement appliquent effectivement le mécanisme.
Il faut cependant distinguer cette adhésion d’une convertibilité intégrale du franc congolais. Le mémorandum n’instaure ni une monnaie commune ni une liberté automatique de conversion du CDF sur tous les marchés internationaux. Il organise d’abord l’acceptation, l’échange et le rapatriement des monnaies dans le cadre régional de l’EAC. Le traité de la Communauté prévoit d’ailleurs l’utilisation progressive des monnaies nationales dans les règlements intra-régionaux afin d’économiser les devises étrangères.
Cette distinction compte dans une économie congolaise encore fortement dollarisée. En août 2026, 88,5 % des dépôts bancaires en RDC étaient libellés en devises, selon les données de la BCC analysées par Lepoint.cd. Le dispositif de l’EAC ne modifiera donc pas immédiatement cette structure, mais il peut créer un canal supplémentaire pour développer l’usage du franc congolais dans certains échanges régionaux.
La prochaine étape sera opérationnelle. Les modalités appliquées par les banques commerciales, les cours proposés entre monnaies de l’EAC, l’interconnexion des systèmes de paiement et la part des transactions effectivement réglées sans passage préalable par le dollar permettront de mesurer l’impact réel de l’adhésion congolaise.
M. MASAMUNA









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