À Paris, Tshisekedi détaille 5 milliards USD pour remettre l’Est en service

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À Paris, Tshisekedi

À Paris, Félix-Antoine Tshisekedi a chiffré à 5 milliards USD un plan d’urgence pour le Nord et le Sud-Kivu, déclenché à l’arrêt des combats : réouverture des écoles et centres de santé, remise en état des routes et ponts, retour des déplacés, rétablissement de l’eau et de l’électricité. Objectif immédiat : réinjecter des services publics et des revenus dans des territoires où l’économie locale est à l’arrêt.

Comment orienter et sécuriser 5 milliards USD dans des zones à risque ?

Le dispositif est présenté comme « un pacte national et international » réunissant l’État, des bailleurs bilatéraux et multilatéraux, l’humanitaire et le secteur privé. L’enjeu opérationnel se joue en trois volets complémentaires : (1) infrastructures et services (routes, énergie, eau, santé, éducation) pour réduire les coûts logistiques et rétablir l’accès aux soins et à l’école ; (2) retour des ménages déplacés avec appui aux abris et aux moyens d’existence afin de reconstituer la demande locale ; (3) emplois à haute intensité de main-d’œuvre pour remettre des revenus en circulation et relancer les circuits d’approvisionnement. La logique budgétaire vise des décaissements rapides sur des chantiers lisibles, capables de produire des effets multiplicateurs sur les marges des petits opérateurs et le pouvoir d’achat.

La brique normative accompagne le financement. Le gouvernement prévoit d’intégrer la Convention de Kampala dans le droit interne et d’adopter une loi de financement de l’action humanitaire et de gestion des risques de catastrophes, en cohérence avec le cadre de Sendai (2015–2030) et les engagements d’Istanbul (2016). Cette architecture sert un double objectif : clarifier les responsabilités publiques sur l’anticipation, la réponse et la reconstruction ; sécuriser les flux financiers destinés aux victimes et aux services essentiels. Ce cadre est crucial pour la traçabilité des dépenses et la transparence des arbitrages.

La justice figure comme condition de stabilisation : poursuites contre les auteurs de violences sexuelles et crimes de guerre « dans le respect du droit international », afin de restaurer la confiance et réduire le coût d’incertitude qui pénalise l’investissement local. « Les violations graves des droits humains et les atteintes aux civils ne resteront pas impunies », a martelé le chef de l’État.

Sur le volet économique régional, la présidence cible les trafics transfrontaliers de minerais — coltan, or — qui financent les groupes armés. Le message est clair : basculer vers des échanges formels et des chaînes d’approvisionnement licites pour que la production alimente les recettes publiques plutôt que les rentes illicites. « La sécurité est nécessaire à la prospérité. Mais la prospérité, elle aussi, est une condition de la sécurité. » Cette articulation sécurité-économie est déterminante : moins de prédation réduit les primes de risque, améliore la formation des prix et facilite le redémarrage des exportations légales.

La présidence insiste sur la dimension sociale du plan. « Nourrir une famille, c’est déjà commencer la paix », a résumé Félix Tshisekedi, promettant que « aucun territoire ne sera abandonné, aucune communauté ne sera laissée en marge ». La mesure du succès tiendra à la vitesse d’exécution, à la qualité des travaux et à la capacité de convertir ces 5 milliards USD en services tangibles : routes praticables, électricité disponible, classes et dispensaires ouverts, ménages revenus chez eux. C’est à cette condition que la relance pourra générer des recettes locales et soutenir, à terme, l’investissement public.

— Peter MOYI

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