Le premier panel du DRC Investment Forum, jeudi 27 août à Kinshasa, a placé la compétitivité agricole au-delà de la seule sécurité alimentaire. Les échanges ont porté sur trois conditions pour faire émerger une agriculture capable d’exporter en RDC : augmenter les volumes produits, développer la transformation et réduire les coûts administratifs et logistiques du commerce extérieur.
Réunis au Fleuve Congo Hotel, des représentants du secteur privé, des autorités provinciales et des acteurs du commerce extérieur ont défendu le passage d’une production essentiellement tournée vers les marchés locaux à des chaînes agricoles capables d’approvisionner également les marchés régionaux et internationaux. Le panel était modéré par Timothée Mukeng, directeur général adjoint de Bilanga Ya Betu, avec notamment le ministre provincial de l’Agriculture du Haut-Katanga, Bobo Malulu Kalungwe, et Gandi Mole, fondateur de Mole Groupe. Le gouvernement du Haut-Katanga confirme que Bobo Malulu Kalungwe détient actuellement le portefeuille provincial de l’Agriculture, Pêche, Élevage, Alimentation et Développement rural.
Ce débat prolonge, avec un angle plus opérationnel, celui ouvert quelques heures plus tôt par Ben Leyka sur la nécessité d’accroître l’investissement privé dans l’agriculture congolaise. Cette fois, la question n’était plus seulement de trouver des capitaux, mais de déterminer comment une production accrue peut atteindre les marchés dans des conditions suffisamment compétitives.
L’enjeu est double. Une augmentation de la production doit d’abord réduire la dépendance alimentaire intérieure. Mais pour créer une véritable industrie agricole, les exploitations doivent aussi être capables de générer des volumes réguliers, de stocker les récoltes, de les transformer et de les transporter jusqu’aux frontières ou aux ports sans que les coûts logistiques absorbent leur compétitivité.
Le guichet unique devient un maillon de la compétitivité agricole
La facilitation du commerce a ainsi occupé une place importante dans les échanges. La RDC dispose depuis 2015 du Guichet unique intégral du commerce extérieur, le GUICE, exploité par SEGUCE RDC. Cette plateforme centralise les démarches réglementaires, douanières et logistiques liées aux importations, exportations et opérations de transit. Son utilisation est obligatoire sur le territoire national.
Pour un exportateur agricole, l’intérêt économique d’un tel outil se mesure notamment dans le nombre de procédures évitées, le délai de traitement des documents et le coût du passage frontalier. Ces paramètres sont particulièrement sensibles pour les produits périssables, dont la valeur peut se dégrader rapidement lorsqu’un chargement reste immobilisé.
La RDC a accéléré cette dématérialisation en 2025. En novembre, le ministère du Commerce extérieur indiquait que 67 des 77 éléments composant la liasse documentaire avaient déjà été dématérialisés. Le 29 décembre 2025, le gouvernement a lancé la transmission électronique obligatoire entre le système S-One du GUICE et Sydonia World de la Direction générale des douanes et accises, avec l’objectif déclaré de raccourcir les procédures de pré-dédouanement, dédouanement et post-dédouanement.
Cette réforme intervient toutefois dans une période de transition institutionnelle. Le ministère du Commerce extérieur indiquait en juin que le contrat conclu avec le consortium BIVAC-SOGET pour l’exploitation de SEGUCE arrivait à échéance le 2 août 2026 et qu’une task force préparait un nouveau modèle de gouvernance. L’efficacité du dispositif pour les exportateurs agricoles dépendra donc aussi de la continuité opérationnelle du guichet unique.
De la ferme à l’industrie agroalimentaire
Le secteur privé a pour sa part insisté sur la nécessité d’investir dans des projets dépassant la seule production primaire. Gandi Mole développe notamment un projet de parc agro-industriel à Mbanza-Ngungu, dans le Kongo Central, annoncé avec des activités de production et de transformation du manioc, du maïs, du riz, du blé et de la canne à sucre. Mole Groupe présente précisément l’intégration de la production et de la transformation comme l’un de ses axes d’investissement agricole en RDC.
Du côté du Haut-Katanga, la politique provinciale met notamment l’accent sur la mécanisation des villages agricoles. Le gouvernement provincial avait annoncé la mise à disposition de tracteurs et d’équipements aux producteurs de Kambove et Kapolowe afin d’accroître les volumes de production.
Ces initiatives montrent toutefois que passer de la sécurité alimentaire à l’exportation exige plusieurs investissements simultanés. Une hausse des récoltes sans stockage peut accroître les pertes. Une production sans transformation laisse une plus faible part de la valeur ajoutée au producteur local. Une unité agro-industrielle sans routes ni procédures commerciales rapides peut perdre sa compétitivité avant même d’atteindre le marché régional.
Le panel du 27 août place ainsi la performance agricole dans une chaîne plus large reliant production, transformation, logistique et commerce extérieur. Pour mesurer les résultats au-delà des intentions, les indicateurs seront désormais le volume réellement produit, les capacités de transformation installées, les délais d’exportation et la valeur des produits agricoles congolais effectivement vendus hors du pays.
Noella NGOLA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.