À l’ouverture du DRC Investment Forum, jeudi 27 août à Kinshasa, Ben Leyka, CEO de DRC Invest et de l’African Agri Council, a appelé les entreprises et investisseurs à prendre une place plus importante dans le financement de l’agriculture congolaise. Son plaidoyer repose sur trois axes leadership, partenariats et innovation alors que la RDC continue d’importer une part importante de son alimentation malgré son potentiel agricole.
Le message intervient au premier jour de la séquence principale du DRC Investment Forum 2026, organisée les 27 et 28 août au Fleuve Congo Hotel. Les organisateurs ont consacré la matinée du jeudi à l’agriculture et à l’agribusiness, avant les discussions sur l’énergie puis les minerais critiques. Le forum affiche plus largement l’objectif de mettre en relation investisseurs, entreprises et porteurs de projets et avait annoncé en amont vouloir mobiliser jusqu’à 10 milliards USD d’investissements sur dix ans, tous secteurs confondus.
Pour Ben Leyka, la difficulté agricole congolaise ne tient pas seulement à la disponibilité des terres ou à la capacité de production. Elle concerne aussi les infrastructures, les équipements, la mécanisation, l’accès aux capitaux et surtout la transformation industrielle des produits agricoles.
« Nous produisons, mais nous ne transformons pas », a-t-il déclaré, estimant que le décalage entre le potentiel agricole du pays et sa dépendance alimentaire constitue un paradoxe économique.
Les chiffres publics disponibles confirment l’importance de cette dépendance, même si les estimations de la facture alimentaire varient selon les sources et les périmètres retenus. Un bulletin du ministère du Plan montre qu’en 2024 les produits agroalimentaires représentaient 19,2 % des importations de la RDC, contre 16,5 % en 2020. Les importations totales du pays étaient passées de 6,9 milliards USD à 11,7 milliards USD sur la même période.
Lepoint.cd avait déjà relevé en 2025 ce paradoxe entre terres disponibles, faible superficie effectivement cultivée et recours persistant aux importations alimentaires. Le discours prononcé jeudi apporte cependant un autre angle, celui de la place que les capitaux privés doivent occuper dans le financement des chaînes de valeur agricoles.
Du potentiel agricole aux projets bancables
Le premier pilier présenté par Ben Leyka concerne le leadership. Il considère que la responsabilité du développement agricole ne peut être portée uniquement par les pouvoirs publics et que les dirigeants d’entreprises doivent inscrire leurs investissements dans des stratégies de plus longue durée.
Le deuxième repose sur les partenariats entre pouvoirs publics, investisseurs, agriculteurs, entreprises et innovateurs. Pour le responsable de DRC Invest, les partenariats public-privé doivent déboucher sur des projets effectivement finançables plutôt que rester limités aux déclarations institutionnelles.
Cette position prolonge celle défendue quelques mois plus tôt par l’African Agri Council. En mars 2026, lors du quatrième African Agribusiness Leaders Dialogue organisé avec la FAO en préparation de la Conférence régionale pour l’Afrique tenue à Nouakchott, le secteur privé africain avait déjà demandé davantage d’investissements, de partenariats et d’innovation dans les systèmes agroalimentaires. Ben Leyka y avait défendu le rôle des entreprises comme moteur de la transformation agricole.
Le troisième axe concerne précisément l’innovation. Leyka ne la limite pas aux machines, aux outils numériques ou aux nouvelles technologies agricoles. Il appelle également à repenser les modèles de financement, la structure des partenariats et la manière dont les risques sont répartis entre investisseurs, pouvoirs publics et producteurs.
Cette question est particulièrement importante pour la RDC. Disposer de terres ne suffit pas à rendre un projet finançable. Les investisseurs doivent également trouver des routes permettant d’écouler la production, de l’électricité, des capacités de stockage et de transformation, des débouchés commerciaux ainsi qu’un environnement réglementaire suffisamment prévisible.
Ben Leyka a indiqué que DRC Invest était prêt à signer, pendant les deux jours du forum, des protocoles d’accord avec des partenaires avec lesquels des discussions sont déjà engagées. Aucun montant, projet précis ni contrepartie n’a toutefois été annoncé lors de son intervention. La mesure concrète du message porté à Kinshasa dépendra donc des accords effectivement conclus et, surtout, des capitaux qui seront ensuite engagés dans des exploitations, équipements et unités de transformation.
Peter MOYI / Doséco









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