Les recettes internes de la République démocratique du Congo seraient passées d’environ 27 000 milliards de CDF en 2024 à près de 29 000 milliards en 2025, selon le ministre des Finances Doudou Fwamba. Pour 2026, il avance une projection de 33 500 milliards de CDF, dans un bilan où le Gouvernement Suminwa II met en avant les réformes fiscales, l’Eurobond de 1,25 milliard USD et le financement des infrastructures.
Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a présenté ces chiffres lors du panel de redevabilité organisé à l’occasion de la première année du Gouvernement Suminwa II, aux côtés du ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda. L’exercice intervient un an après la publication, le 8 août 2025, de la deuxième équipe gouvernementale conduite par Judith Suminwa.
À périmètre comparable avec les données avancées par le ministre, le passage de 27 000 à 29 000 milliards de CDF correspond à une progression d’environ 7,4 % entre 2024 et 2025, selon un calcul de Lepoint.cd. Atteindre 33 500 milliards en 2026 nécessiterait une hausse supplémentaire de 15,5 %, soit environ 4 500 milliards de CDF de recettes additionnelles par rapport au niveau présenté pour 2025.
Le ministre attribue cette progression à plusieurs réformes engagées dans la mobilisation des ressources, notamment l’interconnexion des régies financières, la facture normalisée, la télédéclaration de la TVA et la modernisation des procédures douanières. La facture normalisée figure effectivement parmi les réformes fiscales en cours du ministère des Finances, avec une généralisation programmée d’ici fin 2026.
L’Eurobond ajoute 1,25 milliard USD aux capacités de financement
Le bilan présenté par Doudou Fwamba repose également sur le retour de la RDC sur les marchés internationaux de capitaux. En avril 2026, le pays a levé 1,25 milliard USD lors de sa première émission d’Eurobonds, répartie entre 600 millions USD à cinq ans au taux de 8,75 % et 650 millions USD à dix ans au taux de 9 %. Les ordres des investisseurs avaient dépassé 5,3 milliards USD.
Le gouvernement prévoit d’affecter notamment ces ressources à la modernisation de l’aéroport international de N’Djili et à la centrale hydroélectrique de Katende. Mais cette diversification du financement public crée aussi une charge budgétaire mesurable. Sur la base des coupons annoncés, les deux tranches représentent environ 111 millions USD d’intérêts par an, selon un calcul de Lepoint.cd, hors remboursement du principal et autres coûts associés à l’émission.
Doudou Fwamba a situé la dette publique autour de 20,4 % du PIB, estimant que ce niveau laisse encore une capacité d’endettement pour les projets prioritaires. Les évaluations du FMI placent également l’endettement public congolais autour de 21 % du PIB sur cette période, un niveau relativement contenu en proportion de l’économie. Cette marge ne préjuge toutefois pas du coût des nouveaux emprunts ni de la capacité des projets financés à générer les effets économiques attendus.
La crédibilité financière a également été reliée par le ministre aux réformes contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La RDC avait cinq des 23 actions du plan du Groupe d’action financière réalisées à l’arrivée du Gouvernement Suminwa en 2024. Entre juillet 2024 et janvier 2026, 18 actions supplémentaires ont été exécutées, portant le total à 23. En juin, le GAFI a reconnu une exécution largement satisfaisante de l’ensemble du plan, la décision finale sur la sortie de la liste grise restant attendue dans le cadre du processus d’évaluation.
Les recettes supplémentaires doivent désormais se lire dans les dépenses
Le ministre a également relié l’amélioration des finances publiques aux politiques sociales, en citant la gratuité de l’enseignement primaire, la rémunération des enseignants, les salaires des agents publics ainsi que la revalorisation de la solde des militaires et policiers. Le rapport annuel 2025 du ministère de l’Éducation nationale indique que plus de 5 millions d’enfants supplémentaires ont accédé à l’éducation depuis la généralisation de la gratuité en 2019.
Le chiffre de trois millions de jeunes filles cité lors du panel n’apparaît toutefois pas sous cette forme dans les documents publics retrouvés lors de la vérification. Les sources institutionnelles consultées confirment l’effet positif de la gratuité sur la scolarisation des filles, mais utilisent des périmètres et des périodes différents.
Au-delà du bilan présenté par l’exécutif, l’indicateur central pour les finances publiques sera donc la transformation des recettes supplémentaires et des nouveaux emprunts en dépenses effectivement exécutées. Entre 2024 et la projection 2026 avancée par Doudou Fwamba, les recettes internes augmenteraient d’environ 6 500 milliards de CDF, soit 24 %. La mesure de cette progression se jouera désormais dans la livraison des routes, capacités énergétiques, aéroports et services sociaux auxquels ces ressources sont destinées.
M. KOSI









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