Le rapport « Blood Batteries » établit, chiffres à l’appui, l’ampleur des abus dans l’extraction artisanale du cobalt en RDC. L’enquête auprès de 1 431 mineurs au Lualaba (62,5 %) et au Haut-Katanga (37,5 %)—deux provinces qui ont assuré 76 % de l’approvisionnement mondial en 2024—met au jour 36,8 % de victimes de travail forcé, 9,2 % d’enfants au travail, 6,5 % en servitude pour dettes et 4,4 % de traite d’êtres humains. 41,9 % disent avoir été sanctionnés pour « manque de rendement » et plus de la moitié rapportent menaces ou abus sur site. 27,7 % ont commencé à creuser avant la majorité. 87,8 % déclarent s’être tournés vers la mine faute d’autres revenus, avec une scolarité moyenne de 4 ans.
Mesurer le coût humain et écologique
La journée s’allonge à 9,5 heures pour un revenu médian de 3,28 USD. L’écart de genre reste marqué : 3,52 USD pour les hommes contre 1,84 USD pour les femmes, soit 52 % du revenu masculin. À ce niveau, la rémunération horaire médiane se situe autour de 0,35 USD. Le bilan sanitaire s’alourdit : près de deux tiers des personnes interrogées évoquent des affections chroniques (respiratoires, cutanées, gastro-intestinales, troubles de la vue, problèmes gynécologiques, hernies discales, fractures). 70 % souhaitent quitter l’activité, mais seuls 7,3 % disposent d’une source de revenus secondaire.
Les analyses d’eau prélevées autour des sites affichent des teneurs en arsenic, cadmium, plomb de 10 à 930 fois au-dessus des seuils de l’OMS. La contamination touche rivières et nappes, avec un risque sanitaire direct pour les communautés riveraines. Le rapport rappelle que le cobalt alimente batteries et électronique, tout en reposant, dans l’artisanal, sur une économie de survie exposée à la violence.
La réponse proposée tient en quatre axes : diligence raisonnable indépendante et transparente sur toute la chaîne, avec participation d’universitaires congolais, de la société civile et des communautés ; obligations strictes pour constructeurs automobiles et groupes technologiques au regard des lois nationales et internationales sur les droits humains et l’environnement ; mécanismes de recours accessibles et sûrs pour signaler les abus ; alternatives économiques locales pour réduire la dépendance au travail des enfants.
La RDC dispose d’un gisement évalué à 24 000 milliards USD en ressources inexploitées. L’enjeu immédiat reste d’aligner la gouvernance de la filière artisanale sur ces standards, afin que l’extraction ne rime plus avec précarité pour ceux qui la rendent possible.
— Peter MOYI

