La DFC valide de nouveaux investissements en Afrique et relève son plafond à 205 milliards de dollars

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La Société américaine de financement du développement international (DFC) a approuvé, lors d’une réunion de son conseil d’administration, de nouveaux investissements liés aux minerais critiques et à la sécurité énergétique, selon un communiqué publié jeudi. Dans le même temps, le Congrès américain a porté le plafond d’investissement de l’agence à 205 milliards de dollars.

La DFC explique que ces décisions visent l’Afrique et s’inscrivent dans une logique de renforcement des chaînes d’approvisionnement jugées essentielles aux États-Unis, tout en soutenant le développement économique de partenaires considérés comme stratégiques.

Ben Black

Le directeur général de la DFC, Ben Black, affirme que ces approbations « soulignent l’approche disciplinée » de l’agence pour avancer des intérêts stratégiques américains à l’étranger, « fondée sur la rigueur financière ». Il cite des investissements prioritaires en Afrique pour renforcer l’approvisionnement en énergie et en minerais critiques.

À ce stade, la DFC ne donne pas les noms des transactions approuvées. L’agence invoque des raisons de confidentialité. Elle rappelle aussi que, même après une approbation du conseil, les projets doivent encore passer par des étapes avant tout engagement et toute clôture, dont une notification au Congrès.

La réunion du conseil s’est tenue avec des membres publics et privés du conseil d’administration. Avant cette séance, la DFC a organisé une audition publique pour permettre aux parties prenantes d’exprimer leurs points de vue sur les activités de l’agence.

Corridors, minerais critiques et conditions de financement : ce que Washington cherche en Afrique

Le communiqué situe ces décisions dans un cadre plus large : le Congrès a récemment élargi les moyens d’action de la DFC. Selon la DFC, certaines limitations géographiques ont été levées dans des secteurs dits stratégiques. Le texte mentionne aussi un renforcement des capacités de l’agence en matière de prises de participation et la création d’un nouveau fonds d’investissement rotatif.

corridor de lobito

Au-delà des dossiers étudiés par le conseil d’administration, Washington met en place un dispositif de travail avec des partenaires africains. Les États-Unis annoncent avoir lancé à la mi-février, avec la Commission de l’Union africaine, un groupe de travail stratégique sur les infrastructures et l’investissement. L’objectif affiché est de transformer des priorités en projets finançables, c’est-à-dire des projets dont le montage et les revenus attendus permettent d’attirer des bailleurs et des investisseurs.

Les autorités américaines présentent les corridors comme des outils d’intégration économique et de compétitivité. Dans ce langage, un corridor regroupe des infrastructures et des services logistiques (routes, rail, ports, énergie, procédures aux frontières) qui facilitent le transport des marchandises et réduisent les coûts. Pour une économie, cela peut accélérer les échanges, attirer des entreprises et sécuriser l’acheminement de matières premières vers des usines ou des ports.

Un projet pilote transfrontalier est évoqué comme « preuve de concept », autrement dit un projet test censé montrer rapidement que l’approche peut fonctionner. La République démocratique du Congo est citée explicitement, avec l’idée d’un cadre régional d’intégration économique qui pourrait inclure le Rwanda.

Sur le fond, la ligne fixée par les États-Unis est double. D’abord, les projets devront être commercialement viables. Cela signifie, en pratique, qu’un projet doit pouvoir être financé et remboursé grâce à des revenus prévisibles (péages, contrats d’achat d’électricité, volumes de transport, contrats miniers, services logistiques, etc.). Ensuite, les projets doivent être alignés sur l’Agenda 2063, le cadre stratégique de l’Union africaine.

Pour financer ces projets, Washington veut mobiliser plusieurs instruments. Le communiqué cite la DFC, la Banque d’export-import des États-Unis (EXIM) et des banques multilatérales. L’idée est de combiner des prêts, des garanties, parfois des participations au capital, afin de réduire le risque perçu par les investisseurs et de rendre le financement possible sur des horizons longs, souvent nécessaires pour des infrastructures.

Le texte indique aussi un volet réformes : les autorités américaines disent vouloir appuyer des réformes réglementaires et l’harmonisation des cadres juridiques pour réduire les risques. Dans un projet d’infrastructure ou de chaîne d’approvisionnement, ces risques peuvent venir de règles qui changent, de procédures lentes, d’incertitudes sur les autorisations, ou de divergences entre pays voisins quand un projet traverse plusieurs frontières.

Les secteurs ciblés mis en avant comprennent les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Ces minerais sont considérés comme stratégiques parce qu’ils entrent dans des technologies et des équipements industriels, dont l’énergie. Le communiqué souligne enfin un appel aux gouvernements et au secteur privé : identifier les obstacles et proposer des projets jugés prioritaires.

— M. KOSI

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