Crédit bancaire : pourquoi la nouvelle loi inquiète les investisseurs locaux

La dernière loi adoptée à Kinshasa pourrait bien redessiner la carte du pouvoir bancaire en RDC. En supprimant un dispositif clé qui favorisait l’entrée d’investisseurs congolais dans le capital des banques, l’Assemblée nationale rompt avec une politique de réappropriation économique nationale. Derrière ce choix technique, un basculement stratégique s’opère : qui finance l’économie congolaise, qui oriente le crédit, qui décide demain ?

La Rédaction

L’adoption par l’Assemblée nationale d’une nouvelle loi encadrant l’activité et le contrôle des établissements de crédit en RDC bouleverse les équilibres défendus jusqu’ici par la Banque centrale. En abrogeant la disposition qui imposait la présence de quatre actionnaires significatifs par établissement, le texte affaiblit l’un des rares leviers visant à encourager une gouvernance diversifiée et plus locale dans le secteur bancaire.

Portée en 2023 par l’instruction n°24 de la BCC, cette réforme ouvrait une brèche importante : l’introduction de capitaux congolais dans l’actionnariat des banques, à travers des profils jusque-là exclus du jeu financier – entrepreneurs locaux, membres de la diaspora, coopératives et holdings familiales. L’objectif affiché était clair : favoriser une appropriation nationale du système bancaire, jusque-là largement dominé par des acteurs internationaux.

Le texte voté remet cet équilibre en cause. En supprimant cette clause des quatre actionnaires, le législateur ferme une porte stratégique à une inclusion plus large des Congolais dans la structure de propriété des banques. Pour plusieurs investisseurs, la mesure vide la réforme de sa substance. Le signal envoyé est perçu comme dissuasif. De nombreux projets en incubation visant la création de banques à capitaux congolais pourraient être abandonnés.

Sur le plan technique, les critiques pointent l’absence de solutions intermédiaires. Le capital social minimal exigé pour créer une banque commerciale reste fixé à 30 milliards de francs congolais (environ 11 millions d’USD), un seuil jugé inaccessible pour des investisseurs locaux non adossés à des groupes étrangers. À cela s’ajoutent des procédures d’agrément considérées comme rigides, des délais longs, et un cadre réglementaire peu souple pour l’innovation bancaire.

Plutôt que d’ajuster ces paramètres pour les rendre compatibles avec les réalités du tissu économique congolais, la réforme actuelle semble privilégier la voie de la simplification au profit d’un actionnariat concentré, souvent extra-national. Pour les observateurs du secteur, cette orientation risque d’accroître la dépendance du système financier aux capitaux étrangers et de maintenir une distance structurelle entre les banques et les besoins spécifiques de l’économie locale.

La loi, qui doit encore être examinée par le Sénat, est au cœur de vifs débats dans les cercles économiques. Plusieurs propositions circulent en coulisses : réintroduire un mécanisme de diversité minimale dans l’actionnariat, prévoir des incitations spécifiques – fiscales ou réglementaires – pour les investisseurs congolais, et renforcer les pouvoirs de la Banque centrale sans compromettre les initiatives entrepreneuriales.

Les défenseurs d’une finance enracinée insistent : l’inclusion des Congolais dans les organes de décision bancaire est une condition indispensable pour améliorer l’accès au crédit, notamment pour les PME, le secteur agricole et l’industrie locale. Aujourd’hui, moins de 10 % des crédits bancaires sont orientés vers la production. Une tendance qui ne pourra être inversée qu’avec une meilleure compréhension des réalités locales par les organes de décision.

Au-delà des considérations réglementaires, c’est une question de souveraineté monétaire qui se dessine. La concentration étrangère du capital bancaire implique que les grandes orientations de financement échappent en partie au contrôle national. Dans un pays où près de 85 % de la population reste exclue du système bancaire formel, le choix de modèle n’est pas neutre.

— Peter MOYI.

Conversation

Votre avis compte

Commenter

Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.

Laisser un commentaire

Agenda
31Août

Agriculture

Africa Food Systems Forum 2026

Date31 Août 2026 - 4 Sep 2026
LieuKigali, Rwanda

Sommet continental consacre aux systemes agroalimentaires, a l investissement agricole, aux emplois et a la resilience.

7Oct

Mines

DRC-Africa Battery Metals Forum 2026

Date7 Oct 2026 - 9 Oct 2026
LieuKolwezi, RDC

Forum dedie aux metaux de batterie, au cobalt, au cuivre, aux chaines de valeur locales et aux opportunites industrielles en RDC.

12Oct

Energie

African Energy Week 2026

Date12 Oct 2026 - 16 Oct 2026
LieuCape Town, Afrique du Sud

African Energy Week is the African Energy Chamber’s flagship annual conference, exhibition and networking platform, bringing together African energy leaders, policymakers, project developers, financiers and international investors to…

14Oct

Mines

African Mining Week 2026

Date14 Oct 2026 - 16 Oct 2026
LieuCape Town, Afrique du Sud

African Mining Week (AMW) is the ultimate platform to explore the continent’s rich mining opportunities

25Oct

Economie & finances

World Investment Forum 2026

Date25 Oct 2026 - 27 Oct 2026
LieuDoha, Qatar

Forum mondial de l investissement organise autour des politiques, capitaux et entreprises pour l investissement durable.

26Nov

Infrastructure

Africa Infrastructure Forum 2026

Date26 Nov 2026 - 28 Nov 2026
LieuAbidjan, Cote d Ivoire

Forum africain sur le financement des infrastructures, routes, energie, eau, transport, telecoms, logement et immobilier.

8Fév

Mines

Mining Indaba

Date8 Fév 2027 - 11 Fév 2027
LieuCape Town, Afrique du Sud

Investing in African Mining Indaba is the world's largest mining investment conference, dedicated to the capitalisation and development of mining in Africa.

2Mar

Energie

Africa Energy Indaba 2027

Date2 Mar 2027 - 4 Mar 2027
LieuCape Town, Afrique du Sud

Conference africaine sur l energie, les projets, l investissement, les politiques publiques et l acces aux infrastructures energetiques.