Le président Félix Tshisekedi a changé les équipes dirigeantes de trois entreprises minières publiques le 22 février 2026. Ces nominations interviennent deux mois après la signature d’un accord minier avec les États-Unis, alors que la RDC assure plus de 70% de la production mondiale de cobalt.
La Gécamines, fleuron de l’industrie minière congolaise, change de tête. Déogratias Ngele prend la présidence du conseil d’administration. Baraka Kabemba devient directeur général, épaulé par Jacques Masangu comme adjoint. L’entreprise publique est centrale dans l’exploitation du cuivre et du cobalt, deux minerais dont les cours influencent directement les recettes de l’État.
Deux sociétés aurifères sont aussi concernées par ce remaniement. À la Sakima, qui opère dans l’est du pays, Mokolo Kanana est nommé président du conseil d’administration, Guy Robert Lukama directeur général et Théodore Ngwama directeur général adjoint. À la Sokimo, qui gère des sites aurifères à Kilo-Moto, François Kakese prend la présidence, Yannick Nzonde Mulundu la direction générale et Placide Nkala la direction générale adjointe.
Pourquoi ces changements maintenant et que pèse la RDC dans la compétition mondiale ?
Ces nominations arrivent dans un contexte particulier. Le 4 décembre 2025, la RDC et les États-Unis ont signé un partenariat stratégique sur les minerais dits critiques. L’accord prévoit, selon le gouvernement, un cadre plus transparent pour gérer les ressources et la création d’une réserve stratégique associée à des projets miniers où des investisseurs américains pourraient entrer.
Ce rapprochement avec Washington intervient alors que la Chine domine largement le secteur minier congolais. Des analyses du Trésor français montrent cette présence massive des entreprises chinoises dans le cuivre et le cobalt. La RDC se trouve au cœur des tensions commerciales internationales parce qu’elle possède des ressources devenues stratégiques pour les batteries électriques et l’industrie high-tech.
Les organisations de la société civile suivent ces évolutions avec attention. Certaines ont exprimé des inquiétudes sur le contenu réel de l’accord américain, craignant des avantages trop larges accordés à des intérêts étrangers sans garanties solides sur la transparence.
Pourquoi ces trois entreprises comptent-elles autant ? La Gécamines gère les relations avec les partenaires industriels et défend les intérêts de l’État dans les montages complexes où elle est impliquée. La Sakima doit encadrer l’exploitation de l’or dans une région où la traçabilité reste un défi. La Sokimo, société historique, opère dans des zones où l’insécurité peut peser sur la production.
Ce que l’on ne sait pas encore, c’est le contenu précis des feuilles de route que ces nouvelles équipes devront appliquer. Les objectifs chiffrés, les réformes annoncées et la manière dont ces directions compteront améliorer les retombées pour l’économie congolaise restent à préciser. C’est pourtant là que se jouera l’essentiel : transformer l’activité minière en recettes publiques visibles et en bénéfices pour la population.
— Joldie KAKESA

