Mangurejipa, situé dans le secteur de Bapere, au cœur du territoire de Lubero, Nord-Kivu, fait face à une situation préoccupante. Les prix des denrées alimentaires, autrefois accessibles, ont connu une hausse vertigineuse, créant une pression insoutenable sur la population locale.
La conséquence directe de l’insécurité
Les attaques répétées des rebelles ADF dans les villages environnants ont entraîné une perturbation des activités économiques, notamment agricoles. De nombreux habitants, contraints de fuir leurs foyers pour échapper à la violence, ont abandonné leurs terres, interrompant ainsi la production agricole qui approvisionnait Mangurejipa. Cette rupture dans la chaîne d’approvisionnement a fait grimper les prix de manière alarmante.
Par exemple, une main de banane plantain, qui se vendait à 1 000 francs congolais, coûte désormais 3 000 francs, soit une augmentation de 200 %. Les produits de première nécessité deviennent inaccessibles pour une grande partie de la population.
Une économie locale paralysée
La paralysie des activités ne se limite pas à l’agriculture. Selon Samuel Kagheni, président de la société civile du secteur de Bapere, la situation est critique : « Après les affres de la guerre, toutes les activités dans certaines agglomérations sont paralysées. L’extraction des minerais, une des principales sources de revenus du secteur de Bapere, est à l’arrêt car les gens ont peur de se rendre dans les zones minières. » Cette double contrainte, à la fois agricole et minière, a eu pour effet immédiat de doubler le prix des cossettes de manioc, passant de 5 000 à 10 000 francs congolais.
Un afflux massif de déplacés
La situation est d’autant plus dramatique que Mangurejipa accueille un grand nombre de déplacés. Ces personnes, qui ont tout perdu, trouvent refuge dans des familles d’accueil, souvent déjà surpeuplées. « Dans une famille d’accueil, on peut facilement enregistrer quinze, voire vingt personnes déplacées », explique Samuel Kagheni. Ce flux de population ajoute une pression supplémentaire sur les ressources déjà limitées, aggravant ainsi la situation économique locale.
Un appel à l’aide urgent
Face à cette crise, les appels à l’aide se multiplient. Samuel Kagheni interpelle les autorités : « Nous appelons le Gouvernement à venir en aide à tous ces déplacés et aussi à rétablir la paix. Le grand problème, c’est pour ceux dont on a brûlé les maisons. »
Depuis le mois de juin, les attaques des rebelles des ADF se sont intensifiées, provoquant le déplacement de nombreux habitants vers la ville de Butembo, où les conditions de vie demeurent difficiles.
Cette situation met en lumière la fragilité de l’économie locale de Mangurejipa, dépendante à la fois de l’agriculture et de l’extraction minière. La hausse des prix, conjuguée à l’afflux massif de déplacés, exige une réponse rapide et adaptée des autorités pour éviter une catastrophe humanitaire.
Peter MOYI


