Les frontières entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda s’apprêtent à changer de visage. À Kasindi, dans le Nord-Kivu, et à Mahagi, en Ituri, un nouveau dispositif va permettre aux petits commerçants de franchir les postes frontaliers avec moins d’obstacles, plus de transparence et un accompagnement inédit.
La démarche s’inscrit dans le cadre du Régime commercial simplifié, un mécanisme porté à la fois par le COMESA (Marché commun pour l’Afrique orientale et australe) et la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine). L’objectif ? Ouvrir la porte aux échanges transfrontaliers de proximité, pour tous ces marchands qui traversent la frontière chaque jour sans avoir accès aux mêmes facilités que les grands importateurs.
Concrètement, la RDC bénéficie de l’appui technique et financier de TradeMark Africa, une organisation déjà connue pour son expertise dans la facilitation des échanges en Afrique de l’Est. Plusieurs chantiers se mettent en place. À Kasindi-Lubiriha, le projet prévoit la construction d’un poste frontalier à arrêt unique – autrement dit, un seul point de contrôle pour fluidifier le passage des marchandises et des personnes. Un nouveau marché moderne sortira aussi de terre dans la même zone, de quoi offrir aux vendeurs un espace digne de ce nom pour exposer leurs produits.
Le volet numérique n’est pas en reste. TradeMark Africa s’engage à appuyer la dématérialisation du Guichet unique intégral du commerce extérieur congolais. Fini les montagnes de papiers et les démarches interminables : la gestion des procédures doit désormais passer par une plateforme digitale, réduisant ainsi les délais et les coûts. Autre avancée, la modernisation du portail d’informations commerciales de la RDC permettra aux entrepreneurs locaux d’accéder, en quelques clics, à toutes les données réglementaires utiles. Un coup de pouce apprécié dans un pays où l’accès à l’information reste un casse-tête pour beaucoup d’opérateurs économiques.
Ce n’est pas tout. La relance du Comité national de facilitation des échanges figure également parmi les priorités. Un organe clé qui devra, selon les ambitions du ministère du Commerce extérieur, coordonner les efforts de toutes les parties prenantes – administration, secteur privé, partenaires techniques – pour que les réformes ne restent pas lettre morte. La réunion stratégique organisée à Kinshasa a d’ailleurs réuni autour de la table des représentants de TradeMark Africa, des experts congolais, et le directeur de cabinet du ministre, Benezeth Msafiri Kyakakala.
Sur le terrain, l’évolution est déjà visible. À Mahagi, la construction du poste frontalier à arrêt unique est terminée : entrepôt, parking, sanitaires, rien n’a été laissé au hasard pour répondre aux besoins des commerçants et des transporteurs. L’infrastructure sera bientôt livrée au gouvernement congolais, qui devra veiller à sa mise en service effective.
Derrière ce projet, il y a aussi la volonté de favoriser l’intégration économique régionale, dans une sous-région où les barrières administratives et la fraude freinent souvent les échanges. Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique perd chaque année près de 3 % de sa croissance potentielle à cause des obstacles non tarifaires entre pays voisins. Pour de nombreux petits commerçants congolais, chaque simplification de procédure se traduit concrètement par un revenu en hausse et une sécurité accrue. Un enjeu de taille à l’heure où la région des Grands Lacs cherche à transformer ses frontières en moteurs de croissance partagée.
Reste à voir si la RDC saura pérenniser ces avancées et garantir leur accès à tous, au-delà des discours officiels. Les prochains mois seront décisifs pour jauger l’efficacité réelle de ce régime simplifié, et pour mesurer, sur le terrain, l’impact d’une intégration économique qui ne demande qu’à décoller.
— Peter MOYI

