Édito : L’Afrique ne manque pas de soleil, elle manque de réseaux, de capitaux et d’industrie

L'Afrique reçoit davantage de rayonnement solaire que n'importe quel autre continent. Elle concentre plus de 60 % des meilleures ressources solaires de la planète. Pourtant, près de 600 millions d'Africains vivent encore sans accès à l'électricité. Ce paradoxe résume à lui seul l'un des plus grands échecs économiques du continent : disposer d'une abondance de ressources naturelles sans parvenir à les transformer en puissance productive.

La Rédaction

L’Afrique reçoit davantage de rayonnement solaire que n’importe quel autre continent. Elle concentre plus de 60 % des meilleures ressources solaires de la planète. Pourtant, près de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité. Ce paradoxe résume à lui seul l’un des plus grands échecs économiques du continent : disposer d’une abondance de ressources naturelles sans parvenir à les transformer en puissance productive.

Pendant longtemps, le débat énergétique africain s’est résumé à une question de production. Construire davantage de barrages, installer plus de panneaux photovoltaïques ou développer l’éolien semblait suffire. Cette vision est aujourd’hui dépassée. Les investissements mondiaux montrent une autre réalité : produire de l’électricité n’est plus le principal défi. Le véritable enjeu consiste désormais à transporter cette énergie, la financer, la stocker, la distribuer et l’utiliser pour créer de la valeur.

Le solaire progresse rapidement. Selon le Global Solar Council, l’Afrique a ajouté 4,5 GW de capacités photovoltaïques en 2025, soit une croissance de 54 % en un an, l’une des plus fortes au monde. Les institutions financières suivent également cette dynamique. La Banque africaine de développement, la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement ou encore la BERD multiplient les financements destinés aux infrastructures solaires.

Ces chiffres montrent que le problème n’est plus la technologie. Les panneaux coûtent de moins en moins cher, leur rendement s’améliore et les délais de déploiement sont bien plus courts que ceux des grands projets hydroélectriques. Le véritable obstacle est ailleurs.

Le premier verrou reste le financement. Construire une centrale solaire en Afrique coûte souvent beaucoup plus cher que dans d’autres régions du monde, non pas à cause des équipements, mais à cause du coût du capital. Les investisseurs exigent des primes de risque élevées, les garanties publiques restent limitées et les cadres réglementaires évoluent encore trop lentement.

Le deuxième obstacle est celui des réseaux électriques. Une centrale solaire peut produire des centaines de mégawatts. Encore faut-il disposer de lignes haute tension, de postes électriques et de capacités de stockage capables d’acheminer cette énergie jusqu’aux consommateurs. Sans ces infrastructures, une partie de la production reste inutilisable.

La RDC illustre parfaitement cette réalité. Le pays possède l’un des plus importants potentiels hydroélectriques du monde, estimé à près de 100 GW, mais son industrie continue de souffrir d’un déficit chronique d’électricité. Les mines importent une partie de leur énergie, certaines tournent en dessous de leur capacité et la transformation locale des minerais reste freinée par l’insuffisance des infrastructures électriques.

Le solaire peut contribuer à réduire cette dépendance, mais il ne remplacera jamais à lui seul un réseau national performant. Les besoins d’un village rural, d’une exploitation agricole, d’une mine de cuivre, d’une usine métallurgique ou d’un centre de données ne sont pas identiques. Le futur énergétique africain reposera nécessairement sur un mix associant hydroélectricité, solaire, éolien, gaz naturel de transition, stockage et, à plus long terme, hydrogène vert.

Cette évolution change également la manière d’aborder l’industrialisation. Pendant des décennies, l’Afrique exportait des matières premières et importait des équipements énergétiques. Aujourd’hui, la véritable question est différente : pourquoi le continent ne fabriquerait-il pas lui-même une partie des panneaux solaires, des batteries, des transformateurs, des câbles électriques ou des compteurs intelligents dont il aura besoin ?

La transition énergétique peut devenir une politique industrielle. Chaque centrale solaire peut créer une demande pour une industrie locale du verre, de l’aluminium, des structures métalliques, des câbles, des logiciels de gestion des réseaux et des services de maintenance. C’est cette chaîne de valeur qui crée des emplois durables, bien davantage que la simple installation de panneaux importés.

Mission 300, portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, illustre cette ambition. L’objectif est de raccorder 300 millions de personnes supplémentaires à l’électricité d’ici 2030. Mais derrière cette cible se cache un besoin de financement colossal. Les estimations évoquent près de 238 milliards de dollars, dont environ la moitié devra provenir du secteur privé.

Autrement dit, la bataille ne se gagnera pas uniquement dans les ministères de l’Énergie. Elle se jouera aussi dans les banques, sur les marchés financiers, chez les investisseurs institutionnels et dans les réformes destinées à sécuriser les capitaux privés.

Le soleil est déjà présent. Ce qui manque encore, ce sont les infrastructures, les réseaux, les financements et une véritable stratégie industrielle capable de transformer cette ressource naturelle en croissance économique.

Pour l’Afrique, la transition énergétique ne consiste donc pas seulement à produire une électricité plus propre. Elle représente surtout une occasion historique de construire une nouvelle base industrielle. Si le continent saisit cette opportunité, il ne se contentera plus d’exporter ses ressources naturelles. Il exportera également de la valeur ajoutée, des technologies et des produits industriels.

C’est à cette condition que le soleil deviendra enfin un moteur de développement, et non plus seulement une richesse naturelle encore largement sous-exploitée.

— M. KOSI

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