Édito : l’Afrique ne sera pas souveraine tant qu’elle importera l’essentiel

La guerre au Moyen-Orient a encore révélé la faiblesse structurelle des économies africaines. Selon le FMI, le pétrole se négocie déjà à des prix 30 % supérieurs à ceux observés avant le conflit, tandis que plusieurs pays africains subissent des hausses de carburant proches de 50 %. Le problème n’est pas seulement la guerre ailleurs. Le vrai problème, c’est une Afrique qui importe encore trop ce qui fait vivre ses ménages, ses entreprises et ses États.

La Rédaction

La guerre au Moyen-Orient a encore révélé la faiblesse structurelle des économies africaines. Selon le FMI, le pétrole se négocie déjà à des prix 30 % supérieurs à ceux observés avant le conflit, tandis que plusieurs pays africains subissent des hausses de carburant proches de 50 %. Le problème n’est pas seulement la guerre ailleurs. Le vrai problème, c’est une Afrique qui importe encore trop ce qui fait vivre ses ménages, ses entreprises et ses États.

L’économie mondiale semble résister au choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Les États-Unis et la Chine continuent d’afficher un certain dynamisme, les marchés financiers n’ont pas basculé dans la panique et les anticipations d’inflation restent globalement maîtrisées. Mais cette résilience mondiale cache une réalité plus dure : tous les pays ne paient pas le même prix face aux crises.

Le FMI le dit clairement : les effets négatifs du conflit sont plus visibles en Afrique. La raison est simple. Plusieurs économies africaines dépendent fortement des importations d’énergie, disposent de marges budgétaires limitées et subissent déjà une pression sur leurs soldes extérieurs. Quand le pétrole augmente, quand le fret se renchérit, quand le dollar se renforce ou quand une route maritime stratégique se ferme, l’Afrique encaisse le choc plus vite que les grandes puissances.

Le détroit d’Ormuz en donne une nouvelle démonstration. Sa fermeture prolongée entretient un niveau élevé d’incertitude sur les marchés de l’énergie. Malgré les réserves pétrolières mobilisées par certains pays comme la Chine, le pétrole reste environ 30 % plus cher qu’avant le début du conflit. Pour les pays africains importateurs, cette hausse n’est pas une donnée abstraite. Elle devient rapidement une hausse du carburant, du transport, des engrais, des denrées alimentaires, des matériaux de construction et des coûts de production.

Le choc énergétique devient une crise sociale

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Dans plusieurs pays africains, les conséquences sont déjà visibles. Le FMI cite notamment des pénuries de carburant en Éthiopie, au Malawi et en Zambie. Il relève aussi que dans certains pays comme le Lesotho, le Rwanda et la Tanzanie, les prix de l’essence ont augmenté d’environ 50 % depuis le début de la guerre.

Cette flambée du carburant touche toute l’économie. Le transport des marchandises coûte plus cher. Les produits agricoles deviennent plus difficiles à acheminer. Les engrais augmentent. Les aliments suivent. Les ménages, déjà fragilisés par l’inflation, voient leur pouvoir d’achat reculer.

C’est là que se trouve le cœur du problème africain. Le continent ne contrôle pas assez les chaînes vitales de son économie. Il importe une grande partie de son carburant, de ses céréales, de ses médicaments, de ses engrais, de ses machines et de ses produits manufacturés. Il reste donc exposé aux décisions, aux guerres et aux crises qui se produisent ailleurs.

L’Afrique n’est pas pauvre en ressources. Elle est pauvre en maîtrise de ses chaînes de valeur.

Elle exporte du pétrole brut, mais importe du carburant raffiné. Elle exporte du cacao, mais importe du chocolat. Elle exporte du coton, mais importe des vêtements. Elle exporte des minerais stratégiques, mais importe les batteries, les équipements industriels, les véhicules et les technologies qui utilisent ces mêmes minerais.

La République démocratique du Congo illustre ce paradoxe. Elle possède du cuivre, du cobalt, du lithium, du gaz, de l’eau, des terres agricoles et une population immense. Mais son économie reste exposée aux importations de carburants, de blé, de médicaments, d’équipements industriels et de biens de consommation. Une tension au Moyen-Orient peut donc renchérir le transport à Kinshasa, les coûts miniers au Lualaba, les prix alimentaires dans les marchés et les dépenses publiques liées aux subventions.

Le FMI recommande aux États de faire preuve de rigueur et d’agilité. Les subventions généralisées et les plafonnements de prix peuvent calmer temporairement la colère sociale, mais ils coûtent cher aux budgets publics. Les mesures doivent être ciblées, temporaires et orientées vers les plus vulnérables. C’est une recommandation juste, mais elle pose une question plus profonde : combien de temps les États africains devront-ils gérer les crises des autres avec des budgets déjà fragiles ?

La vraie solution ne peut pas être seulement budgétaire. Elle doit être productive. L’Afrique doit produire davantage ce qu’elle consomme. Elle doit raffiner plus localement, transformer ses matières premières, développer l’agro-industrie, investir dans l’énergie, moderniser ses ports, réhabiliter ses chemins de fer, renforcer ses stocks stratégiques et commercer davantage avec elle-même.

La souveraineté économique ne commence pas dans les discours. Elle commence dans les champs, les usines, les raffineries, les barrages, les laboratoires, les ports, les corridors logistiques et les zones industrielles. La crise actuelle rappelle une vérité simple : celui qui importe l’essentiel importe aussi la vulnérabilité. Tant que l’Afrique dépendra de l’extérieur pour nourrir ses villes, soigner ses populations, alimenter ses camions, produire son électricité et faire tourner ses entreprises, chaque guerre mondiale deviendra une crise africaine.

Le FMI estime que l’économie mondiale tient encore. Mais pour l’Afrique, tenir ne suffit plus. Il faut réduire la dépendance. La prochaine souveraineté africaine ne sera pas seulement politique. Elle sera alimentaire, énergétique, industrielle, logistique et monétaire. Sans cela, le continent continuera de payer en inflation, en dette et en perte de pouvoir d’achat les conflits qu’il n’a pas déclenchés.

— M. KOSI

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