L’objectif de 18 milliards USD de recettes courantes en 2027 est arithmétiquement cohérent avec une pression fiscale portée à 14 % du PIB. Mais sa réalisation exigerait près de 2,7 milliards USD de recettes supplémentaires en une année, alors que les mesures précises permettant de produire ce rendement ne sont pas encore chiffrées publiquement.
Le chiffre annoncé par le Vice-Premier ministre du Budget, Adolphe Muzito, doit d’abord être correctement interprété. Les 18 milliards USD évoqués ne représentent pas nécessairement la totalité du budget 2027. Ils correspondent aux recettes courantes ou recettes propres que l’État souhaite mobiliser auprès de l’économie nationale, notamment par les impôts, les droits de douane, les accises et les recettes administratives. Le budget total comprend également les ressources extérieures, les budgets annexes, les comptes spéciaux, les emprunts et, selon sa configuration, d’autres ressources de financement.
À titre de comparaison, le projet de loi de finances 2026 avait fixé le budget du pouvoir central à 59 020,5 milliards de CDF, soit environ 20,3 milliards USD au taux budgétaire. Dans cette enveloppe, les recettes courantes étaient évaluées à 34 835 milliards de CDF, soit environ 12 milliards USD. Une clarification est donc nécessaire. Le ministre évoque désormais des recettes courantes de 15,3 milliards USD en 2026, alors que les documents budgétaires initiaux affichaient environ 12 milliards USD. Cet écart peut provenir d’un cadrage actualisé, d’un périmètre plus large ou d’une révision des hypothèses. Il devra être expliqué dans le projet de loi de finances 2027.
Une hausse de 17,6 % à réaliser en une année
Passer de 15,3 milliards USD en 2026 à 18 milliards en 2027 suppose de mobiliser 2,7 milliards USD supplémentaires, soit une progression de 17,6 % en un an, selon un calcul de Lepoint.cd. L’objectif est construit autour d’une augmentation de la pression fiscale de 12,5 % à 14 % du PIB. Il ne s’agit pas d’augmenter chaque taxe de 14 %, mais de faire passer la part des recettes fiscales dans la richesse produite par le pays de 12,5 à 14 %.
À 14 % de pression fiscale, des recettes de 18 milliards USD correspondent à un PIB nominal d’environ 128,6 milliards USD. Cet ordre de grandeur reste cohérent avec les projections du FMI, qui évaluent le PIB congolais à environ 123,4 milliards USD en 2026 et prévoient une croissance réelle supérieure à 5 % en 2026 et 2027. L’augmentation du PIB nominal produira mécaniquement une partie des recettes supplémentaires. La croissance des volumes miniers, des services, de la consommation et des prix élargit la base sur laquelle les impôts sont calculés. Mais cet effet ne suffira probablement pas à générer seul les 2,7 milliards USD recherchés.
D’où pourraient venir les recettes supplémentaires
Le premier gisement se situe dans le secteur minier. L’État peut chercher à mieux capter l’impôt sur les bénéfices, les droits de douane, la redevance minière et les revenus liés aux transactions entre filiales de groupes internationaux. La lutte contre la sous-évaluation des exportations, les transferts artificiels de bénéfices et les exonérations injustifiées peut produire davantage de recettes sans relever les taux nominaux.
Le deuxième axe concerne la TVA. La généralisation de la facture normalisée, la connexion des caisses des entreprises à l’administration fiscale et le croisement des données entre la DGI, la DGDA, les banques et les services publics peuvent réduire la fraude. En 2024, la BCC attribuait déjà une partie de la hausse des recettes fiscales à l’informatisation de la chaîne de collecte et au déploiement de la facture normalisée.
Les douanes constituent un troisième gisement. Pour 2026, le Gouvernement avait prévu une amélioration des droits et accises grâce notamment à l’exclusion des sociétés minières de certaines subventions sur les produits pétroliers et au renforcement des dispositifs de traçabilité des produits soumis aux accises. Le FMI estimait que les mesures fiscales envisagées pour 2026 pouvaient générer un effort supplémentaire équivalant à 0,7 % du PIB. Elles comprenaient notamment la suppression d’avantages sur les carburants accordés aux entreprises minières et d’autres réformes de mobilisation des recettes.
L’État devra aussi améliorer les recettes non fiscales, les dividendes des entreprises publiques, le recouvrement des créances fiscales et la formalisation des activités économiques. Mais la rationalisation des taxes ne devra pas être remplacée par la création de nouvelles redevances qui augmenteraient le coût des affaires sans élargir véritablement l’assiette.
Un objectif possible, mais exposé à cinq risques
Le premier risque vient de la dépendance minière. Une part importante des recettes publiques et des devises dépend du cuivre et du cobalt. Une baisse des prix, un ralentissement de la production ou un conflit fiscal avec un grand opérateur pourrait réduire rapidement les rentrées attendues. Le ministère du Budget classe d’ailleurs le risque de baisse des recettes comme élevé pour la période 2026-2028. Sa déclaration sur les risques budgétaires évalue à 27,8 % la probabilité cumulée d’une baisse des recettes en 2027. Dans son scénario de choc, la perte potentielle atteindrait environ 9 655 milliards de CDF pour cette année.
Le deuxième risque concerne les exonérations. La RDC accorde encore de nombreux avantages fiscaux et douaniers. Tant que leur coût, leurs bénéficiaires et leurs résultats économiques ne seront pas évalués, une partie de la croissance échappera aux recettes publiques. Le troisième risque est administratif. Les régies peuvent recevoir des assignations plus élevées, mais elles ont besoin de fichiers fiables, de systèmes informatiques interconnectés, de contrôles ciblés et de personnel capable de traiter les dossiers complexes. Une prévision budgétaire ne produit aucune recette si les actes administratifs, les contrôles et les paiements ne suivent pas.
Le quatrième risque tient au taux de change. Présenter les objectifs en dollars facilite la lecture, mais le budget est exécuté principalement en francs congolais. Une dépréciation peut gonfler artificiellement certaines recettes en CDF tout en réduisant leur valeur réelle en USD et en augmentant le coût des dépenses importées. Le dernier risque concerne la dépense. Même si les 18 milliards USD sont mobilisés, la crédibilité du budget dépendra de la maîtrise des dépenses sécuritaires, des rémunérations, des subventions, des institutions politiques et des projets insuffisamment préparés. Une forte mobilisation accompagnée d’une hausse encore plus rapide des dépenses ne réduirait pas le déficit.
L’objectif de 18 milliards USD est possible sur le plan macroéconomique, mais il reste très ambitieux sur le plan opérationnel.
Il devient réaliste si le Gouvernement publie un plan détaillant, mesure par mesure, les rendements attendus de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD, ainsi que la valeur des exonérations à supprimer et les recettes minières supplémentaires recherchées. Il deviendrait peu crédible si les 2,7 milliards USD additionnels devaient provenir essentiellement de contrôles plus agressifs sur les entreprises déjà formalisées, de nouvelles taxes ou d’hypothèses trop favorables sur les prix des minerais.
La qualité du budget 2027 ne devra donc pas être jugée uniquement sur le montant de 18 milliards USD. Les indicateurs déterminants seront la cohérence entre les recettes votées et les réalisations mensuelles, la réduction des exonérations, l’élargissement du nombre de contribuables et la part des ressources réellement orientée vers les infrastructures et les services publics.
— M. KOSI









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