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Énergie électrique au Cameroun : Eneo, un fardeau financier de 700 milliards de FCFA menace la stabilité budgétaire de l’État

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Par Mitterrand Masamuna, Journaliste économique

Alors que l’État du Cameroun se lance dans le processus de renationalisation de Energy of Cameroun (Eneo), une ombre grandissante plane sur la stabilité budgétaire. En effet, l’entreprise fait face à un périlleux équilibre financier, marqué par un déficit de trésorerie alarmant de 113 milliards de FCFA à la fin de l’année 2022 et une dette colossale de 700 milliards de FCFA, dont la moitié est due à des fournisseurs, dont certaines entreprises publiques. Cette situation compromet gravement les prévisions budgétaires de l’État, qui doit désormais assumer une partie des charges laissées impayées par Eneo. Cette situation risque de s’aggraver alors que l’État prévoit de reprendre en main Eneo.

Le Déficit de Trésorerie et la Dette Écrasante de 700 Milliards de FCFA

Au cœur de cette crise financière, nous découvrons un déficit de trésorerie d’Eneo qui a atteint les 113 milliards de FCFA à la clôture de l’année 2022. Un chiffre alarmant qui, malheureusement, est en constante détérioration, passant de 96 milliards de FCFA en 2021 à 113 milliards. Plus inquiétant encore, le fonds de roulement affiche un solde négatif de 190 milliards de FCFA, contre 139 milliards en 2021. En termes de solvabilité, le ratio fonds propres-total bilan, un indicateur clé, s’est affaibli à 7,4%, bien en deçà de la norme minimale de 20%. Ces chiffres ne laissent aucun doute sur la fragilité financière d’Eneo.

Lionel Omgba Oyono, ex-directeur de l’électricité au Minee, a souligné que la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a réduit ses transferts à la trésorerie de l’État de près de 75 milliards de FCFA pour compenser les impayés liés au gaz naturel et au gasoil.

L’Impact sur les Entreprises Publiques et les Prévisions Budgétaires

Cette situation a des répercussions importantes sur les entreprises publiques, contraintes de transférer une partie de leurs charges impayées à l’État. Par exemple, l’État a dû débourser 12 milliards de FCFA pour rembourser la dette du barrage de Lom Pangar, en lieu et place de la société de patrimoine EDC. De même, la SNH a réduit ses transferts à la trésorerie de l’État de près de 75 milliards de FCFA pour apurer les impayés liés au gaz naturel et au gasoil. Ces dépenses imprévues et ces pertes de revenus non budgétées représentent un risque majeur pour l’exécution du budget de l’État, créant ainsi un sérieux problème budgétaire.

Un Secteur de l’Électricité en Déséquilibre Financier depuis 2017

Le secteur de l’électricité au Cameroun est en déséquilibre financier depuis au moins 2017, avec des charges dépassant les recettes. Eneo, en tant que collecteur de recettes pour l’ensemble du secteur, souffre d’un déficit de trésorerie qui est passé de quelques milliards de FCFA par mois il y a quelques années à 29 milliards de FCFA en mai 2023, selon les données du Minee. La principale cause de cette situation réside dans les impayés accumulés par l’État, les collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les établissements publics. L’État doit en effet payer sa consommation d’électricité ainsi que la compensation tarifaire, car le coût de revient moyen d’un kilowatt-heure (Kwh) est supérieur au prix de vente moyen depuis plusieurs années.

La Complexité de la Compensation Tarifaire et des Factures de l’État

Le processus de validation de la compensation tarifaire et des factures de l’État est long et complexe. De plus, plusieurs administrations ne disposent pas de compteurs adéquats, et la majorité des villes ne possèdent pas un réseau d’éclairage public aux normes. En outre, les entités publiques ne considèrent pas le paiement des factures d’électricité comme une priorité, sachant que l’État, en tant qu’actionnaire principal d’Eneo (44%), s’oppose à l’arrêt de leur alimentation. En avril 2023, Eneo réclamait 180 milliards de FCFA à l’État, une dette contestée mais illustrant l’ampleur du problème.

Les Défis de Financement et de Gestion

Pour maintenir son fonctionnement, Eneo est contrainte de contracter des crédits de trésorerie, accumulant ainsi une dette financière considérable. En 2022, le volume de ces crédits a atteint 140 milliards de FCFA, et Eneo doit désormais rembourser mensuellement 18,6 milliards de FCFA aux banques. Lorsque l’État décide de payer sa dette, il ne tient pas compte des pénalités, ce qui alourdit davantage les charges d’Eneo. De plus, ces paiements sont effectués via des mécanismes financiers complexes tels que la titrisation, l’émission de titres publics, la compensation de dettes croisées, ce qui ajoute un fardeau supplémentaire au distributeur d’électricité.

L’Impact du Mix Énergétique et des Coûts de Projets

Le mix énergétique au Cameroun joue un rôle majeur dans le déséquilibre financier du secteur. Les centrales thermiques, qui contribuent pour 23% à la capacité de production du pays en 2022, augmentent considérablement le coût du service de l’électricité. Le coût de production d’une centrale thermique à base de gasoil atteint jusqu’à 200 FCFA par kilowatt-heure, alors que le coût de production d’une centrale hydroélectrique

comme Songloulou est d’environ 17 FCFA par kilowatt-heure. Les coûts élevés des projets contribuent également à l’instabilité financière du secteur. La séparation des segments transport et distribution a renchéri les coûts, avec des conséquences importantes sur les charges du secteur.

Le Défi de la Distribution

Le rendement de la distribution de l’électricité, en deçà de 70% en 2014, a approché les 76% en 2022. Cependant, plus de 24% de l’énergie injectée dans le réseau est encore perdue, bien au-dessus de la norme de 10% généralement acceptée. Les pertes sont dues à des facteurs techniques tels que la vétusté des équipements, la surcharge des transformateurs et le manque de redondance, ainsi qu’à des facteurs non techniques tels que la fraude massive et la mauvaise facturation.

Un Plan de Redressement Économique pour L’Électricité au Cameroun

Face à cette situation critique, le gouvernement a élaboré un plan de redressement du secteur de l’électricité au Cameroun (PRSEC) d’une valeur de 6 000 milliards de FCFA, couvrant la période de 2023 à 2030. Un plan qui vise notamment à améliorer l’équilibre financier du secteur électrique. Pour faire face à l’urgence, des actions du PRSEC ont été regroupées dans un plan prioritaire nécessitant un financement de 400 milliards de FCFA. La Banque mondiale a donné son accord de principe pour un financement de 180 milliards de FCFA sur cinq ans via le programme axé sur les résultats (PforR) pour soutenir le paiement des factures d’électricité de l’administration publique et la compensation tarifaire annuelle, l’installation de compteurs sur les bâtiments publics, l’extension des branchements, l’augmentation de la part des énergies renouvelables dans les réseaux, ainsi que l’amélioration de la capacité de transformation des postes de transport exploités par la Sonatrel.

Cependant, l’approbation définitive de ce financement par le conseil d’administration de la Banque mondiale est attendue avec impatience. La situation financière d’Eneo demeure préoccupante, et le succès du plan de redressement est essentiel pour éviter une crise budgétaire majeure.

Joel Kioni, Analyste économique et Manassé Kosi, Journaliste stagiaire, ont contribué à cet article.


Article publié le 1 novembre 2023 sur LePoint.cd

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