À Kalemie, dans la province du Tanganyika, la 11ᵉ édition d’Expo Béton RDC 2026 a servi de cadre à la présentation d’une vision économique que le gouvernement entend placer au cœur du développement de la République démocratique du Congo. Lors de l’ouverture officielle des travaux, le ministre d’État en charge du Plan, Guylain Nyembo, a défendu une approche fondée sur la valorisation des atouts propres à chaque province afin de stimuler une croissance plus équilibrée et mieux répartie sur l’ensemble du territoire national.
Dans son intervention, le ministre a salué l’évolution d’Expo Béton, devenue au fil des années une plateforme de référence pour les débats liés aux infrastructures, à l’investissement et à l’aménagement du territoire. Pour le gouvernement, cette initiative s’inscrit désormais dans la dynamique des politiques publiques visant à accélérer la transformation économique du pays. Cette convergence avec la vision portée par le président Félix Tshisekedi repose sur un principe simple : le développement national ne peut plus dépendre exclusivement du pouvoir central, mais doit s’appuyer sur des provinces capables de devenir de véritables moteurs de croissance.
Cette orientation traduit une évolution importante dans la manière de concevoir le développement de la RDC. Longtemps, de nombreuses provinces ont vu leurs ressources exploitées sans que leur potentiel économique soit pleinement valorisé localement. L’ambition affichée consiste désormais à bâtir des économies provinciales capables de s’appuyer sur leurs ressources minières, agricoles, énergétiques, logistiques ou touristiques pour générer davantage d’emplois, d’investissements et de revenus.
Dans cette nouvelle architecture économique, le Tanganyika occupe une place stratégique. Grâce à sa position géographique, la province est appelée à jouer un rôle croissant dans l’intégration régionale. Située sur le lac Tanganyika et connectée aux grands corridors de transport d’Afrique de l’Est, elle dispose d’atouts susceptibles de la transformer en plateforme logistique majeure reliant les zones minières congolaises aux marchés régionaux et internationaux. Cette vocation est renforcée par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ouvre de nouvelles perspectives pour les échanges intra-africains.
Au-delà de sa position géographique, le gouvernement mise également sur la modernisation de Kalemie. Guylain Nyembo a évoqué une stratégie reposant à la fois sur la réhabilitation des infrastructures existantes et sur le développement de nouveaux espaces urbains capables d’accompagner la croissance économique future. Cette vision répond aux défis liés à l’urbanisation rapide, aux besoins en infrastructures publiques, aux réseaux de transport et à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer les différents territoires du Tanganyika selon leurs avantages comparatifs. Certains pourraient renforcer leur vocation agricole, d’autres se spécialiser davantage dans les activités minières, la pêche, le tourisme ou encore les services logistiques. Cette approche vise à réduire la dépendance à une seule activité économique et à favoriser un développement plus équilibré à l’échelle provinciale.
Parmi les projets les plus suivis figure celui de Manono, considéré comme l’un des principaux gisements de lithium au monde. Dans un contexte marqué par la forte demande mondiale liée aux batteries électriques et aux technologies de transition énergétique, le gouvernement souhaite aller au-delà de l’extraction minière traditionnelle. L’objectif affiché est d’attirer des investissements industriels, de développer la transformation locale et de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Si cette stratégie aboutit, le Tanganyika pourrait devenir l’un des pôles africains les plus importants dans les chaînes de valeur des minerais stratégiques.
Au-delà des annonces, le message central du gouvernement reste celui de la transformation économique. La RDC dispose d’importantes ressources naturelles, mais l’enjeu consiste désormais à faire en sorte que ces richesses produisent davantage de retombées pour les populations. Pour y parvenir, les autorités misent sur les infrastructures, l’industrialisation, la transformation locale des ressources et l’amélioration du climat des affaires.
Dans cette perspective, Guylain Nyembo a lancé un appel aux investisseurs nationaux et internationaux afin qu’ils s’intéressent aux opportunités offertes par le Tanganyika. Les secteurs concernés couvrent les mines, l’agriculture, le tourisme, l’énergie, les infrastructures de transport et le développement urbain. Pour concrétiser cette ambition, l’État devra toutefois poursuivre les réformes destinées à sécuriser les investissements, renforcer la gouvernance et améliorer la qualité des infrastructures.
À travers les projets présentés à Kalemie, le gouvernement entend faire du Tanganyika l’un des symboles de son nouveau modèle de développement. L’objectif est de démontrer que la croissance future de la RDC peut s’appuyer sur des provinces dynamiques, mieux intégrées aux marchés africains et capables de transformer leurs ressources en richesse durable au profit des populations.
— Peter MOYI




