Le président congolais Félix Tshisekedi presse son gouvernement d’intervenir sans délai sur l’état des finances publiques. Lors du 42e Conseil des ministres, tenu le 2 mai à Kinshasa, l’accent a été mis sur un resserrement budgétaire dans un climat de pressions sécuritaires croissantes, causées par le conflit armé à l’Est impliquant le Rwanda.
La défense siphonne les caisses. Les dépenses militaires explosent alors que les recettes stagnent. Le chef de l’État réclame une riposte économique en profondeur. D’après Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, la priorité est désormais de « préparer l’accélération du développement » tout en consolidant un cadre macroéconomique rigoureux. Le signal est clair : revoir l’architecture de la dépense publique et traquer les fuites dans le circuit du Trésor.
Plusieurs institutions sont dans le viseur. Tshisekedi remet en question la pertinence de certaines structures étatiques qui absorbent des budgets non négligeables sans prouver leur efficacité. Il s’agit notamment des organes créés dans les ministères depuis cinq ans, souvent sans étude d’impact ni évaluation continue. Le Président exige une évaluation coûts-bénéfices, avec un audit complet des affectations budgétaires : salaires, loyers, équipements, voire dépenses annexes indirectes supportées par le Trésor.
Rationaliser pour survivre. Ce chantier devrait aboutir à des coupes franches, voire à la disparition pure et simple de certaines entités. Les structures dont la mission est floue ou redondante devront soit fusionner, soit se réinventer avec moins de moyens. Le but : libérer des ressources pour les secteurs productifs, en priorité la sécurité, les infrastructures et les services sociaux de base.
Ce recentrage s’inscrit dans un contexte budgétaire tendu. En 2024, les dépenses de sécurité ont déjà absorbé plus de 38 % du budget national au premier trimestre, selon les données du ministère des Finances, soit une hausse de 12 points par rapport à la même période l’an dernier. Cette pression sur les finances menace l’investissement public, déjà comprimé par un service de la dette en hausse, estimé à 6,7 % du PIB par la Banque centrale du Congo.
Le gouvernement est donc face à un double impératif : maintenir l’effort de guerre tout en évitant une dérive inflationniste ou un défaut de paiement. Les partenaires techniques, notamment le FMI, exigent depuis plusieurs mois des réformes structurelles pour maintenir le cadre de référence signé dans le cadre de la facilité élargie de crédit.
La priorité est politique, mais la réponse sera budgétaire. En réclamant une reconfiguration des institutions coûteuses et un meilleur usage des ressources, Tshisekedi tente de rétablir un équilibre entre souveraineté sécuritaire et viabilité budgétaire. La mise en œuvre rapide de ces mesures, encore au stade de déclaration, reste à surveiller.
— M. KOSI


