Forêt du bassin du Congo : la RDC lance un couloir vert de 540 000 km² entre le Kivu et Kinshasa

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La cuvette du Congo est le plus grand puits de carbone forestier tropical de la planète, et 60 % de cette forêt se trouve en RDC. Un projet baptisé Couloir vert Kivu–Kinshasa veut protéger 100 000 km² de forêts intactes, créer 500 000 emplois et répondre à l’insécurité alimentaire, tout en misant sur les énergies renouvelables.

La RDC fait partie des dix pays les plus riches au monde en biodiversité. Elle possède aussi de nombreuses ressources minières recherchées pour la transition énergétique. Mais cette abondance s’accompagne d’un paradoxe bien connu dans le pays, une grande partie de la population reste pauvre et profite peu des richesses exploitées depuis des décennies.

Dans ce tableau, la cuvette du Congo prend une valeur particulière à mesure que la crise climatique s’aggrave. Cette forêt est présentée comme le plus grand puits de carbone tropical au monde. Un puits de carbone, c’est un espace naturel qui absorbe plus de CO₂ qu’il n’en rejette, ce qui aide à ralentir le réchauffement. La cuvette du Congo est aussi décrite comme l’une des rares grandes forêts tropicales qui, grâce à l’étendue d’arbres encore debout, peut encore absorber nettement plus qu’elle n’émet.

Cette forêt soutient les moyens de subsistance d’environ 60 millions de personnes et abrite 10 000 espèces propres à la région, dont un tiers ne se retrouve nulle part ailleurs. Une part importante des forêts est restée peu touchée, car elles ont été préservées sur de vastes zones.

Mais cette préservation a aussi un coût social. Le texte souligne que les Congolais ont supporté une charge lourde, dans un pays où la pauvreté reste très élevée. Il rappelle que 77 millions de personnes en RDC n’ont pas accès à l’électricité et que près des trois quarts de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour.

Dans le même temps, l’instabilité dans l’Est, alimentée par des groupes armés et des trafics illégaux de ressources naturelles, pèse sur le pays depuis près de trois décennies. L’effet est direct sur l’économie, quand l’insécurité freine les activités, décourage l’investissement et bloque l’amélioration du niveau de vie. Dans un tel contexte, protéger une forêt aussi vaste, tout en répondant aux besoins quotidiens des familles, devient un exercice difficile.

Un modèle testé à Virunga et étendu du Kivu à Kinshasa

Dans l’Est de la RDC, une approche dite « verte » est mise en avant à partir de l’expérience de la Virunga Alliance, liée au Parc national des Virunga, l’un des espaces naturels les plus riches du pays. L’idée de base est de transformer les ressources naturelles en activité économique locale, avec l’accord des communautés, pour créer des revenus qui réduisent la pression sur la forêt et offrent des alternatives à l’économie illégale.

Le texte cite un levier central, l’énergie renouvelable produite à partir des ressources du parc, et des mécanismes permettant aux entreprises locales d’y accéder. Un exemple est évoqué, des prêts sous forme d’électricité, ce qui revient à faciliter l’accès à l’énergie pour démarrer une activité ou produire à moindre coût. Dans une économie où l’électricité manque, l’accès à une énergie fiable peut changer la vie d’un atelier, d’une petite usine, d’un agriculteur qui veut transformer sa récolte, ou d’un service de conservation qui a besoin de moyens.

Selon le texte, cette alliance est devenue la plus grande source d’énergie propre dans l’Est du Congo et a créé plus de 21 000 emplois sur les cinq dernières années. Il est aussi indiqué que 11 % de ces emplois ont été occupés par d’anciens membres de milices, avec l’objectif de proposer une activité légale et de réduire le recrutement par les groupes armés.

Ce modèle doit maintenant être étendu à l’échelle nationale, du Kivu à l’Est jusqu’à Kinshasa à l’Ouest. Cette extension est liée à une modification de la loi votée au Parlement en décembre 2024. Le texte explique que cette loi crée une nouvelle catégorie d’aire protégée, qui reconnaît le rôle des communautés locales et associe conservation de la nature et développement économique durable.

Le projet prend la forme du Couloir vert Kivu–Kinshasa, annoncé lors de la réunion annuelle de Davos en 2025, en Suisse. La zone annoncée est très vaste, 540 000 km², et elle abrite 31 millions de personnes. À l’intérieur de cet ensemble, l’objectif de protection porte sur plus de 100 000 km² de forêts intactes, soit une superficie comparable à celle de l’Islande, selon le texte.

Le couloir est présenté comme un réseau de pôles économiques appuyés sur une agriculture durable et alimentés par des énergies renouvelables, en particulier grâce au potentiel hydroélectrique du fleuve Congo. L’hydroélectricité, c’est produire du courant avec la force de l’eau. Dans un pays où des dizaines de millions de personnes n’ont pas de courant, l’enjeu est autant social qu’économique.

Les objectifs affichés sont chiffrés. L’initiative vise 500 000 nouveaux emplois et prévoit de transférer un million de tonnes de nourriture par an des Kivu vers Kinshasa. L’idée est de relier des zones de production à un grand centre de consommation, dans une ville souvent confrontée à la hausse des prix alimentaires et aux difficultés d’approvisionnement.

Le texte évoque aussi un soutien financier annoncé à Davos. Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, y a annoncé 90 millions d’euros de subventions de l’Union européenne pour renforcer les chaînes de valeur agricoles durables, développer les énergies renouvelables et protéger la biodiversité le long du couloir.

D’autres partenaires sont cités, la Grameen Bank, la Schmidt Foundation et l’initiative 1t.org du Forum économique mondial. L’ambition affichée est de réduire l’insécurité alimentaire, de relier l’Est et l’Ouest du pays, et de freiner les réseaux qui profitent du trafic illégal de ressources naturelles issues de la forêt.

L’aspect sécurité est aussi mis en avant avec un objectif de réintégration. L’initiative veut permettre à plus de 10 000 jeunes hommes et femmes issus des milices d’accéder à un emploi. Le raisonnement est simple, si une activité légale rémunère, elle peut détourner une partie de la main-d’œuvre des économies armées, à condition que la paix progresse et que les projets tiennent dans la durée.

Le texte résume enfin la portée politique de cette vision en la reliant à la fin de trois décennies de violence et d’instabilité, et à la promesse d’un partage plus juste des bénéfices des ressources naturelles, tout en protégeant la cuvette du Congo. Il rappelle que cela exige des investissements, des infrastructures, de l’expertise technique et un engagement de toutes les parties en faveur de la paix.

Une phrase est citée comme avertissement, attribuée à Félix Tshisekedi et à Klaus Schwab : « Si nous n’arrivons pas à préserver le dernier grand puits de carbone forestier tropical sur Terre, le prix à payer ne sera pas seulement congolais. »

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

— M. KOSI

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