Avec une capacité visée de 40 000 MW à l’horizon 2040, le complexe hydroélectrique d’Inga, en République démocratique du Congo (RDC), ambitionne de devenir la plus grande centrale du monde. Ce chantier, qui s’appuie sur le potentiel immense du fleuve Congo, est présenté comme un levier pour l’indépendance énergétique régionale et l’électrification de millions de foyers africains. Mais son envergure soulève autant d’attentes que de contraintes.
Un projet à la croisée des ambitions énergétiques et des obstacles techniques
Le site d’Inga regroupe déjà deux installations anciennes, Inga I et II, qui ne fonctionnent qu’à 20 % de leur capacité nominale faute de maintenance. La réhabilitation de ces unités reste une étape incontournable avant toute extension. Le projet Inga III, première grande phase en cours, doit ajouter plusieurs milliers de mégawatts, mais avance au rythme des changements de partenaires et des contraintes financières.
La transmission de l’électricité produite représente un autre défi. Acheminer des volumes colossaux vers l’Afrique australe et centrale nécessitera des lignes à très haute tension de plus de 500 kV, un dispositif inédit dans la région. S’ajoutent les enjeux de gouvernance : la Société nationale d’électricité (SNEL) et les institutions régionales doivent renforcer leurs capacités techniques et administratives pour gérer une telle infrastructure.
Le financement demeure l’élément le plus sensible. Le coût global du Grand Inga est évalué entre 80 et 100 milliards USD. La Banque mondiale a engagé un premier crédit de 250 millions USD pour Inga III, tandis que la Banque africaine de développement, Afreximbank, la DBSA sud-africaine et la Nouvelle banque de développement des BRICS participent à la structuration des fonds. La RDC compte sur des partenariats public-privé pour attirer capitaux et expertise, mais la volatilité des alliances ralentit la progression.
Sur le plan social, l’historique des phases précédentes rappelle les risques. Plusieurs milliers de personnes déplacées lors d’Inga I et II vivent encore dans des conditions précaires. Pour Inga III, environ 37 000 habitants pourraient être affectés, avec plus de 170 km² de terres englouties. L’accès aux terres agricoles, aux points de pêche et aux infrastructures de base figure parmi les principales préoccupations des communautés locales.
Enfin, les comparaisons internationales placent Inga dans une catégorie hors norme. À terme, sa capacité serait plus du double de celle du barrage des Trois Gorges en Chine (18 200 MW). Malgré un coût initial élevé, le prix de production attendu — environ 0,03 USD/kWh — le rendrait compétitif face aux autres sources d’énergie et capable d’alimenter une grande partie du continent.
Ainsi, le projet Inga concentre à la fois les espoirs d’une électrification massive et les incertitudes d’un chantier d’une ampleur inédite. Sa réussite dépendra de la stabilité des financements, de la rigueur technique et de la prise en compte des réalités sociales des populations riveraines.
— Peter MOYI



