Le Conseil des ministres du 15 août 2025 a validé le décret instituant le Fonds d’investissement stratégique de la RDC (FIS-RDC). Présenté par Doudou Fwamba, ministre des Finances, ce véhicule public devra mobiliser des financements, valoriser des actifs de l’État et co-investir dans des secteurs porteurs afin d’appuyer la stratégie nationale de développement sous la direction du Président Félix Tshisekedi.
Le communiqué de la Présidence mentionne explicitement l’examen et l’adoption du décret établissant ce Fonds lors de la 54ᵉ réunion tenue à la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa. Dans la foulée, plusieurs médias ont détaillé le périmètre de l’outil : financements innovants, capacité à investir dans les infrastructures, l’immobilier, l’énergie, l’agriculture, l’industrie et les technologies émergentes, ainsi qu’un mandat pour gérer et rentabiliser les actifs publics avec des standards de gouvernance et de performance financière.
Ce que change la création du FIS-RDC
Jusqu’ici, l’État s’appuyait surtout sur le budget, les banques de développement et quelques montages ad hoc pour porter ses grands chantiers. Le FIS-RDC ajoute une plateforme d’investissement capable d’agréger des capitaux nationaux et internationaux, de structurer des projets et d’entrer en co-financement avec des partenaires institutionnels ou privés. Dit simplement : un interlocuteur unique pour accélérer des projets à forte valeur ajoutée et mieux monétiser le patrimoine public. Le gouvernement met l’accent sur une traçabilité des flux et des règles environnementales et sociales pour sécuriser les opérations et rassurer les bailleurs.
Le contexte compte. L’idée n’est pas née ce mois-ci : en novembre 2023, une note d’information au Conseil avait déjà posé les bases d’un fonds chargé de gérer et rentabiliser des actifs immobiliers spécifiques, avec un focus sur le Centre financier de Kinshasa et le Centre de congrès. La décision actée en 2025 prolonge cette trajectoire, en élargissant le champ et en clarifiant le statut, l’organisation et le fonctionnement de la structure.
Un exemple concret aide à comprendre l’usage d’un tel outil. Le Centre financier de Kinshasa doit accueillir quatre tours de 21 étages, près de 10 000 bureaux, les ministères des Finances et du Budget, ainsi qu’un hôtel d’environ 240 chambres et un centre de congrès de 3 000 places. Un financement avec la Trade & Development Bank (TDB) a été autorisé par la loi en juin 2023 pour soutenir ce projet. Un fonds d’investissement public peut détenir, gérer et valoriser ce type d’actifs, capter des revenus récurrents et réallouer des ressources vers d’autres priorités.
Au-delà du cas congolais, l’approche fonds est courante en Afrique pour accélérer des infrastructures complexes : co-montage, partage des risques, et effet de levier par la présence d’un sponsor public structuré. Des institutions panafricaines comme Africa50 promeuvent précisément ces logiques de co-investissement avec les États, notamment dans l’énergie et les transports. Le FIS-RDC s’inscrit dans cette boîte à outils : attirer des capitaux patient, raccourcir les cycles de décision et professionnaliser la gestion d’actifs.
Sur le plan opérationnel, plusieurs points seront scrutés :
- Gouvernance : composition des organes (conseil, direction), politiques d’investissement et de gestion des risques, publication régulière de rapports.
- Pipeline : priorisation des projets bancables alignés sur le programme d’investissement public, articulation avec les ministères sectoriels et les provinces.
- Transparence : suivi des indicateurs (montants mobilisés, part des financements privés, retours financiers, emplois générés), conformité ESG et obligations d’audit.
Ces exigences figurent déjà, pour l’essentiel, dans les éléments rendus publics sur les attributions du Fonds et les intentions de l’exécutif. L’enjeu est d’en faire des règles écrites et applicables dès la première génération de projets.
Dernier point, mais pas le moindre : la cohérence budgétaire. Un fonds qui investit doit compléter le budget, pas le remplacer. La promesse de co-investissement avec des partenaires, alliée à une meilleure valorisation des actifs publics, peut réduire la pression sur la trésorerie et stabiliser le financement des programmes. À l’inverse, une gouvernance floue ou des choix d’actifs mal calibrés alourdiraient le coût et saperaient la confiance. C’est ici que le cadre réglementaire et la qualité des appels d’offres feront la différence.
En bref : l’exécutif dote la RDC d’un outil financier pour accélérer la transformation économique et structurer des projets à grande échelle. Le cap est posé ; tout se jouera dans l’exécution — rapidité des décisions, discipline de gestion et transparence vis-à-vis du public et des partenaires.
— M. KOSI

