L’Afrique ne manque ni d’opportunités ni d’entrepreneurs. Pour Jean-Luc Konan, fondateur et directeur général du groupe Cofina, l’un des principaux défis du continent consiste désormais à transformer son potentiel économique en croissance durable capable de créer des millions d’emplois pour une population jeune en forte expansion.
Invité de Bruno Faure, l’entrepreneur ivoirien est revenu sur les grands enjeux qui façonnent l’économie africaine : financement des PME, inclusion financière, digitalisation, entrepreneuriat féminin, industrialisation et intégration régionale.
À la tête de Cofina, groupe spécialisé dans la mésofinance présent dans plusieurs pays africains, et du groupe Neemba, concessionnaire Caterpillar en Afrique de l’Ouest, Jean-Luc Konan défend une vision du développement reposant sur un secteur privé fort et capable de soutenir la transformation économique du continent.
Selon lui, l’un des principaux obstacles à la croissance africaine reste le déficit de financement des petites et moyennes entreprises. C’est précisément pour répondre à cette problématique qu’il a développé le modèle de la mésofinance, destiné à accompagner les entreprises trop importantes pour la microfinance mais qui ne remplissent pas toujours les critères exigés par les banques traditionnelles.
« Nous avons voulu combler ce que l’on appelle le « missing middle« , ce maillon manquant du financement des entreprises africaines », explique-t-il.
Aujourd’hui, Cofina revendique plus de 417.000 clients et affirme avoir financé près de 157.000 projets à travers ses différents marchés. Pour Jean-Luc Konan, une grande partie du potentiel entrepreneurial africain demeure freinée par l’absence de données financières structurées, ce qui limite l’accès au crédit des PME opérant encore dans l’informel.
L’autre transformation majeure observée sur le continent concerne la révolution numérique. L’entrepreneur estime que le mobile money et les services financiers digitaux ont profondément changé l’accès aux services bancaires.
Pour lui, les établissements financiers ne peuvent plus compter uniquement sur les agences physiques pour atteindre leurs clients. Les plateformes numériques, les paiements mobiles et les fintechs permettent désormais de toucher des millions de personnes auparavant exclues du système financier classique.
Cette évolution constitue, selon lui, un levier important pour accélérer l’inclusion financière et soutenir la croissance des économies africaines.
Jean-Luc Konan a également insisté sur la nécessité de renforcer la place des femmes dans l’entrepreneuriat. À travers son initiative Fin’Elle, il cherche à faciliter l’accès des femmes aux financements et à réduire les obstacles structurels qui limitent encore leur développement économique.
Pour le dirigeant ivoirien, les femmes représentent un moteur de croissance encore sous-exploité dans de nombreux pays africains. Leur permettre d’accéder à des financements plus importants pourrait avoir un impact significatif sur la création d’emplois et la diversification des économies.
Interrogé sur les perspectives économiques du continent, il estime que la responsabilité de la création de richesses doit être partagée entre le secteur public et le secteur privé. Selon lui, les États doivent avant tout mettre en place un environnement favorable aux investissements, tandis que les entreprises privées doivent jouer le rôle principal dans la création d’emplois et le développement des activités productives.
Cette vision s’inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qu’il considère comme l’un des projets économiques les plus prometteurs du continent.
Pour Jean-Luc Konan, l’intégration régionale permettra aux entreprises africaines d’accéder à un marché de plus d’un milliard de consommateurs et de développer davantage les échanges intra-africains. L’amélioration des systèmes de paiement transfrontaliers et la réduction des barrières commerciales devraient, selon lui, accélérer cette transformation.
Au-delà des questions économiques, l’entrepreneur a également livré un témoignage personnel sur son parcours. Il a rendu hommage à sa mère, Mariam Dicoh Konan, première femme chimiste de Côte d’Ivoire, dont l’image figure sur certaines pièces de monnaie du pays.
Il affirme avoir hérité d’elle des valeurs d’humilité, de discipline et de persévérance qui continuent de guider son parcours d’entrepreneur.
À travers son expérience, Jean-Luc Konan défend une conviction simple : le développement de l’Afrique passera par des entreprises capables d’innover, de financer l’économie réelle et d’accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs africains.
— M. KOSI




